Le changement. Un certain Président nous disait il y a quelque temps que « Le changement, c’est maintenant ! ». Il n’y a pas de notion de progrès, c’est une modification qui peut aussi bien être positive que négative, mais tous s’accordent à dire qu’« il faut que ça change » : derrière le voile diaphane d’une expression trop souvent prononcée on y voit les velléités d’un désir de progrès. Devant la machine à café, sur la terrasse d’un vieux bistrot, devant leur poste de télévision : le changement est sur toutes les lèvres. Les réseaux sociaux sont la nouvelle agora d’une […]

Changer ? Mais vous n’y pensez pas !


Au détour des rues, on voit des nuées d’employés du bâtiment câbler les nouveaux éclairages publics. On hâte le pas en levant la tête : ils ont tous cette même froideur, ce même teint blafard. Intérieurement, on se dit que cette frissonnante lumière blanche siéra à ravir aux frimas des nuits et des matins hivernaux ; les nuits blanches trouveront là une nouvelle illustration. Le nez dans l’écharpe, on se remémore non sans plaisir les lointaines fantaisies de l’enfance. Il n’y a guère plus d’excentricités à l’âge adulte. On psalmodie Mill : « Que si peu de gens osent maintenant être […]

Brèves hivernales


Parfois, il m’arrive d’envier les anachorètes. J’ai depuis peu l’impérieux désir de me retirer du monde, d’épouser le silence, d’éprouver le temps dans toute sa longueur au point d’oublier que les secondes s’égrainent, les minutes s’évanouissent, les heures s’envolent, les jours s’enfuient, les semaines passent, les mois défilent et les années s’échappent. À me balader ainsi au gré des unités de temps, je mesure toute l’immensité de l’existence. Au terme d’un processus long et vertueux, je parviendrais alors à oublier le tumulte de mes pensées et chacune d’entre elle finirait par s’évanouir pour devenir un mince voile diaphane, un à-peu-près, […]

Aux espoirs indicibles.



1
Cette nuit, l’horreur a encore frappé. Pendant que certains s’abreuvaient de bière tout en regardent des myriades de couleurs briser l’obscurité du ciel, d’autres affrontaient la mort. C’est la première horreur. La seconde est plus insidieuse, peut-être même plus perfide. Car cette nuit-là, beaucoup n’ont pas hésité à allumer leur télévision pour assouvir ce besoin impérieux d’être informé. Nul doute que beaucoup sont restés suspendus aux lèvres cathodiques, absorbant les rumeurs, les non-dits et les images insoutenables. La dépendance est si forte que toute éthique s’envole pour laisser la place à une curiosité maladive, à une nécessité inexorable de voyeurisme […]

#JeSuis, #PrayFor, et toute cette hypocrisie maladive…


Nous jugeons tous. C’est un phénomène global, élémentaire et parfois inconscient parce qu’ancré dans les imperceptibles rouages de notre existence. La somme de ce que nous sommes forme le jury le plus implacable et le plus péremptoire qui soit : sont la balance, la plume et l’épée l’ensemble des codes et des normes qui nous ont avilis. Notre mécanique a été conçue par des externalités sournoises qui n’ont jamais cessé de biaiser nos regards : l’impartialité dont nous nous réclamons parfois est de facto dupée par les biais induits par le prisme normatif auquel nous nous soumettons tacitement. Quand d’aucuns […]

Comprendre plutôt que juger.


Je suis le vide. La vacuité s’est emparée de moi comme le bleu s’est emparé du ciel. Je noie mon regard dans l’immensité de son uniformité bienveillante. Au loin, seule une nuée d’oiseaux ose violer la chasteté de l’azur. L’imperceptible placidité des murmures sauvages s’accommode de ce vide que rien ne semble vouloir remplir ; elle épouse toutes les dimensions de mon absence, sublime la présence de mon non-être et fait s’évanouir les illusions de la pensée. Lorsque le calme se fait dans l’esprit, nous laissons dormir l’être qui est en nous. Le vide se repaît de nous : nous […]

Éloge du vide.



Les questions obsèdent. Elles surgissent constamment, attaquent en escadron en organisant un assaut coordonné et ne laissent aucun répit aux faibles esprits que nous sommes. Elles sont pernicieuses et d’une abjection peu commune : l’affreux point d’interrogation qui orne chacune d’entre elle est un parangon de laideur. Sa disgracieuse rondeur est une boursouflure aux multiples interprétations : je l’imagine tourner autour du pot, louvoyer, entourlouper. Cette affreuse ponctuation a bien peu de choses en commun avec son proche parent le point d’exclamation : droit, raide, il nous inspire l’honnêteté et la franchise. Ne reste que le point (qu’on a pour […]

De l’éternel questionnement.


1
25 ans. Les plus taquins parleront à tue-tête de « quart de siècle » tandis que les plus pragmatiques argueront qu’il s’agit de l’acmé de la jeunesse. Je flotte entre deux eaux, tiraillé par l’oppression terrifiante des années qui s’enfuient et l’incessant désir de jouir de chaque seconde qui s’écoule. Le faix du temps a fait infléchir mes goûts. Je ne peux que me résoudre à admettre que « la crise des 25 ans » est une bien triste réalité : j’apprécie désormais le chocolat noir et le café sans sucre. Il me paraît pourtant incongru de prendre plaisir à ressentir l’amertume du temps […]

Tempus fugit


Fils de mes maux. Parfois veufs avant d’avoir été orphelins. Ils trahissent mes pensées ou les travestissent, cela va de soi. Espiègles, ils s’enfuient aussi vite qu’ils sont venus et ne me laissent rien, pas même le temps de les griffonner. Ils s’amusent, se chamaillent, se déguisent… Ils m’oublient, puis s’en vont. J’en perds la paternité, je ne reconnais plus les miens. Tous deviennent étrangers à ce que je voulais dire. Dire. La parole me manque parce que je n’ai pas les mots pour prononcer les sons. Ils ne se montrent sous leur meilleur jour qu’à l’écrit parce qu’ils préfèrent […]

Mes mots…