Mon cher Natroll, Tu seras peut-être stupéfait en lisant ces quelques mots et tu te demanderas qui est ce curieux « Natroll ». Tu as 16 ans, et tu ne t’approprieras ce pseudonyme que d’ici deux ans, lorsque tu daigneras enfin t’inscrire sur Facebook, légère soumission à ce conformisme que tu abhorres tant. Tu auras néanmoins l’éclatante idée de te jouer des lettres et des mots en adoptant ce nom et il te suivra bien plus que tu ne l’oseras l’imaginer. En ce moment, tu dois probablement passer tes journées à te rendre au lycée sans réel entrain mais dans la droite […]

Lettre à Natroll, 16 ans.


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Monsieur le sénateur, Paul Éluard disait : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » Force est de constater qu’il se pourrait bien que vous fussiez aller ripailler à plein ventre avec Monsieur Michel Louis, directeur du zoo d’Amnéville ! Il y a, en effet, une coincïdence pour le moins troublante entre la lettre envoyée par ce dernier à votre confrère M. le député-maire d’Aix-les-Bains et votre hallali envers les « mouvements animalistes » si poliment décriés dans sa missive. Les Français vous en remercieront, Monsieur le sénateur, car cela va sans dire qu’ils sont davantage préoccupés par […]

À M. Jean-Louis Carrère, sénateur des Landes.


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Cher Monsieur, Je me permets de vous écrire cette lettre ouverte car j’ai pris connaissance, non sans une certaine indignation, de la missive que vous avez fait parvenir à Monsieur Dominique Dord, député-maire d’Aix-les-Bains. Votre épître, qui eût gagné à être relue (soit dit en passant), contient de nombreux propos fallacieux sur lesquels j’aimerais revenir. Loin de moi l’idée de me montrer irrévérencieux à l’égard de votre personne, il apparaît néanmoins que vous semblez bien mal connaître les individus sur lesquels vous jetez l’opprobre ou pire encore, que vous faites preuve d’une mauvaise foi éhontée. Vous qualifiez — et nous […]

Lettre ouverte à M. Michel Louis, directeur du Zoo d’Amnéville.



Le changement. Un certain Président nous disait il y a quelque temps que « Le changement, c’est maintenant ! ». Il n’y a pas de notion de progrès, c’est une modification qui peut aussi bien être positive que négative, mais tous s’accordent à dire qu’« il faut que ça change » : derrière le voile diaphane d’une expression trop souvent prononcée on y voit les velléités d’un désir de progrès. Devant la machine à café, sur la terrasse d’un vieux bistrot, devant leur poste de télévision : le changement est sur toutes les lèvres. Les réseaux sociaux sont la nouvelle agora d’une […]

Changer ? Mais vous n’y pensez pas !


Au détour des rues, on voit des nuées d’employés du bâtiment câbler les nouveaux éclairages publics. On hâte le pas en levant la tête : ils ont tous cette même froideur, ce même teint blafard. Intérieurement, on se dit que cette frissonnante lumière blanche siéra à ravir aux frimas des nuits et des matins hivernaux ; les nuits blanches trouveront là une nouvelle illustration. Le nez dans l’écharpe, on se remémore non sans plaisir les lointaines fantaisies de l’enfance. Il n’y a guère plus d’excentricités à l’âge adulte. On psalmodie Mill : « Que si peu de gens osent maintenant être […]

Brèves hivernales


Parfois, il m’arrive d’envier les anachorètes. J’ai depuis peu l’impérieux désir de me retirer du monde, d’épouser le silence, d’éprouver le temps dans toute sa longueur au point d’oublier que les secondes s’égrainent, les minutes s’évanouissent, les heures s’envolent, les jours s’enfuient, les semaines passent, les mois défilent et les années s’échappent. À me balader ainsi au gré des unités de temps, je mesure toute l’immensité de l’existence. Au terme d’un processus long et vertueux, je parviendrais alors à oublier le tumulte de mes pensées et chacune d’entre elle finirait par s’évanouir pour devenir un mince voile diaphane, un à-peu-près, […]

Aux espoirs indicibles.



Nous jugeons tous. C’est un phénomène global, élémentaire et parfois inconscient parce qu’ancré dans les imperceptibles rouages de notre existence. La somme de ce que nous sommes forme le jury le plus implacable et le plus péremptoire qui soit : sont la balance, la plume et l’épée l’ensemble des codes et des normes qui nous ont avilis. Notre mécanique a été conçue par des externalités sournoises qui n’ont jamais cessé de biaiser nos regards : l’impartialité dont nous nous réclamons parfois est de facto dupée par les biais induits par le prisme normatif auquel nous nous soumettons tacitement. Quand d’aucuns […]

Comprendre plutôt que juger.


Je suis le vide. La vacuité s’est emparée de moi comme le bleu s’est emparé du ciel. Je noie mon regard dans l’immensité de son uniformité bienveillante. Au loin, seule une nuée d’oiseaux ose violer la chasteté de l’azur. L’imperceptible placidité des murmures sauvages s’accommode de ce vide que rien ne semble vouloir remplir ; elle épouse toutes les dimensions de mon absence, sublime la présence de mon non-être et fait s’évanouir les illusions de la pensée. Lorsque le calme se fait dans l’esprit, nous laissons dormir l’être qui est en nous. Le vide se repaît de nous : nous […]

Éloge du vide.


Les questions obsèdent. Elles surgissent constamment, attaquent en escadron en organisant un assaut coordonné et ne laissent aucun répit aux faibles esprits que nous sommes. Elles sont pernicieuses et d’une abjection peu commune : l’affreux point d’interrogation qui orne chacune d’entre elle est un parangon de laideur. Sa disgracieuse rondeur est une boursouflure aux multiples interprétations : je l’imagine tourner autour du pot, louvoyer, entourlouper. Cette affreuse ponctuation a bien peu de choses en commun avec son proche parent le point d’exclamation : droit, raide, il nous inspire l’honnêteté et la franchise. Ne reste que le point (qu’on a pour […]

De l’éternel questionnement.