Slice of life

Je partage avec vous ces « tranches de vie ». Points de vue d’un misanthrope.


Ces conversations où je ne comprends rien.

Œuf

Il existe de malheureux concours de circonstances — étranges alchimies dont les arcanes resteront impénétrables — qui vous mettent à l’épreuve de conversations où vos connaissances (et éventuellement l’intérêt que vous portez au sujet) sont nulles ; un enchevêtrement d’événements qui pousse le ridicule de la situation à son paroxysme : vous voilà dans l’impossibilité de vous défausser, d’avouer votre méconnaissance (et/ou l’absence absolue d’intérêt) du sujet ou même (point culminant de l’attitude du poltron) de filer à l’anglaise.

Souvent la vie s’amuse. Je ne compte plus les situations dans lesquelles mon malaise est total tant le sujet lancé est à mille lieues de mes centres d’intérêts (qui sont ceux d’un vieux con, ne l’oubliez pas) ; des conversations où mon rôle se réduit à celui d’un spectateur amorphe au visage livide et aux yeux vitreux condamné à l’errance spirituelle jusqu’à ce que cesse l’horreur.

Il est — à mon grand regret — souvent question de football. Il suffit d’un simple élément déclencheur (ou plutôt devrais-je dire « perturbateur ») pour que je me retrouve au milieu de tirs croisés, assertions partagées ou âprement débattues, un conflit auquel j’assiste dans une totale impuissance.
Cette mise à l’écart est renforcée par la volonté qu’est celle des interlocuteurs de me faire participer à leur conversation. Les regards se croisaient, on m’observait, on attendait que j’acquiesçasse ou que j’infirmasse leurs dires pour alimenter leurs débats qui n’étaient pour moi qu’un galimatias des plus abscons mais je restais muet, d’une pusillanimité affolante, contraint d’écouter leurs échanges avec la plus grande des gênes suite à mon billet qui pourfend la presse qu’ils chérissent tant et ce jusqu’à la phrase salvatrice : « T’es pas très foot toi, hein ? »

La télé-réalité n’est pas en reste. Portée par les thuriféraires du genre, elle aussi me pousse à l’écart et m’offre un aperçu de l’effervescence que provoque l’exhibitionnisme nauséabond d’une frange de la population ; je parle ici de « L’amour est dans le pré », programme qui n’a pour seul but que de distraire la plèbe en ridiculisant l’ouvrier agricole, philistin s’il en est, conforme aux stéréotypes qu’on lui attribue. On en revient à un poncif éculé : « Panem et circenses ».

« Vous voyez qu´ils demandent, nous les savons avides de notre pourriture, mieux que de la confiture à des cochons. »

Je ne peux qu’être soulagé lorsqu’enfin je peux prendre part à une conversation, débattre d’un sujet sur lequel je suis à l’aise, qu’il s’agisse de littérature, de musique, de politique ou d’économie !

Liseuse électronique et conservation du patrimoine littéraire.
Période romantique : Chopin, Schubert, Liszt, Mendelssohn…
Querelles dynastiques françaises : légitimistes et orléanistes.
Libéraux et interventionnistes.

Je ne peux que jubiler lorsque les intervenants citent les grandes œuvres littéraires d’anticipation pour souligner l’atmosphère anti-intellectualiste dans laquelle nous vivons.

Oui, mon désamour est fort prononcé sur ces sujets dont je suis incapable de parler ; visions empreintes d’un manichéisme et d’une vacuité qui ne parviennent qu’à me convaincre qu’elles s’adressent à des esprits sots, prêts à glorifier (et à moquer) la moindre attitude qui leur paraîtra non conventionnelle, révélant une forme d’audace incongrue. Peu me chaut donc de paraître marginal voire même idiot pour certaines personnes quelque peu obtuse d’esprit, car comme le disait Georges Courteline : « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet. »


Natroll est mort. 3

Natroll

Jeté en pâture à la vindicte populaire. Tantôt critiqué, tantôt méprisé… Dieu que les hommes ont été malveillants envers mon personnage ! Les foules bien-pensantes ont tant de fois confondu Natroll et le blogueur marionnettiste qui se cache derrière qu’il m’est devenu impossible de dire à chacun de faire le distinguo.

À l’image d’un Flaubert, je pourrais crier : « Madame Bovary, c’est moi ! » si Natroll n’était pas cet abject misanthrope condescendant. Viendrait-on reprocher à Maupassant d’être un arriviste concupiscent parce que son « Georges Duroy » l’est ? Bien sûr que non. C’est pourtant ce que l’on me reproche.

Si Natroll partage nombre de points communs avec moi, c’est parce que Natroll est l’anagramme de mon propre nom de famille. Je me mets en scène car l’Internet est mon théâtre… Natroll est donc féru d’écriture et de musique surannée. Peut-on pour autant faire l’amalgame entre Natroll et moi-même ?
Natroll (et je l’ai voulu ainsi !) est un personnage aigri, profondément misanthrope qui ne s’aime même pas lui-même. Il m’a semblé plus amusant (et plaisant) d’incarner un pseudo Docteur House (d’où la mascotte !), une sorte d’antihéros de ma propre personne plutôt que d’essayer de créer un personnage à partir de rien. Natroll est mon Gainsbarre, mon Renard, mon côté obscur.

Las des tirs à boulets rouges sur ma personne, las de devoir anticiper les angles d’attaque pour préparer ma défense à chaque billet, j’ai décidé de faire mourir Natroll, et de ce fait, Natroll.com.
Aux fidèles, aux infidèles, à celles et ceux qui me lisaient : salut !
Souvenez-vous seulement d’un vieil adage qui fût le mien : « Votre souris peut surligner bien des choses ! »

C’est sûrement pas un disque d’or, ou un Olympia à moi tout seul qui me feront virer de bord, qui me feront fermer ma gueule ! Poisson d’avril mes p’tiots !


Le lapin de Pâques ne passera plus. 2

Pâques

Pâques. J’avais oublié de ce dont il s’agissait. Je me remémore ma candeur enfantine, toutes ces années où je gambadais avec allégresse dans la verte à la recherche d’oeufs en chocolat laissés par un lapin après avoir passé une matinée à peindre des coquilles en compagnie de mes camarades d’écoles. Premières tribunes pour l’imaginaire d’un gamin qui prendra finalement plus de plaisir à écrire qu’à peindre.

Quelle ne fut pas ma surprise de m’entendre dire ces derniers jours à la sortie des magasins : « Joyeuses Pâques ! ». Je me vis dès lors comme un Septimus Warren Smith, un marginal déconnecté du monde réel dont l’esprit dément a fait voler en éclat les rites et codes sociétaux. J’étais seul dans mon monde sans frontières en proie à mes seules visions, à ma seule conception de l’univers.
J’avais oublié ce qu’étaient les fêtes de Pâques.

Au-delà des prières et chants liturgiques qui étaient l’apanage de mère-grand, grenouille de bénitier devant l’Éternel, il ne me reste que ma vision d’enfant, qui se limite au péché de gourmandise. Curieuse façon de fêter la résurrection du Christ en poussant nos progénitures au vice, vous en conviendrez. Mais la certitude du péché ou de l’erreur inclus dans un acte quelconque n’est-elle pas l’unique force invincible qui nous pousse, et elle seule nous pousse à son accomplissement ?

Profusion, profusion de chocolat ! Bassesses, visions mercantiles de l’évènement religieux. Le lapin, symbole de la fécondité et du renouveau est devenu le suppôt du saint-profit et exploite sans vergogne les jeunes têtes ingénues dans l’unique but de faire de l’argent.
C’est, hélas, tout ce qu’il me reste des souvenirs de mes fêtes pascales : gourmandise, abondance, satiété saccharosée, bouche souillée par l’or noir du chérubin. Mais les années se sont succédé, emportant avec elles le sourire innocent d’un enfant alangui par des douceurs coupables.

Aujourd’hui, le lapin de Pâques ne passera plus. Mais si le lapin de Pâques est mort, mon penchant pour la gourmandise, lui, est bien vivant. Comme le disait jadis Guy de Maupassant : « De toutes les passions, la seule vraiment respectable me paraît être la gourmandise. »

Donuts
« La gourmandise commence quand on n’a plus faim. » Alphonse Daudet


J'aurais voulu être… 1

Petit Prince

On est ce qu’on est. Ou on naît ce qu’on est… ou plutôt ce qu’on devient. Moi ? Je n’ai pas à me plaindre de mon travail de #TechInfo. Enfin presque. Seulement, et je crois que c’est un peu le cas de tout le monde, on se demande ce qu’on aurait pu être dans une autre vie, si les choses s’étaient passées autrement.

Si un jour on me demande « Et toi, qu’est-ce que tu aurais voulu faire ? », je répondrais :

  • Professeur de français : Devant l’illettrisme ambiant, m’ériger en dernier rempart. Transmettre l’amour des belles lettres, le goût de la lecture, l’envie de devenir les héritiers de la plus belle (et la plus complexe) langue du monde ! Vision utopique du métier, je l’admets.
    D’accord, à une autre époque, j’aurais aussi aimé confisquer les revues pornos de mes élèves.
  • Écrivain : Créer un monde à moi et en devenir le Dieu. Pouvoir donner les vies que je n’ai pas eues à mes personnages. Les faire vivre, évoluer, mourir. Faire rire et pleurer mon lectorat. Avoir cette petite fierté d’être un « homme de lettres ».
    Certes, on viendra me dire « Mais ça peut se faire ». Peut-être un jour…
  • Rock-star : Électriser une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes, taper un solo interminable, devenir l’icône de plusieurs générations, et laisser en héritage des tubes que les gens continueront de chanter et siffloter durant encore bien des années. Écrire une ballade rock sur laquelle des centaines de couples se formeront.
    Et puis les groupies, la cocaïne, la vie de débauche, nager dans le pognon, tout ça…
  • Dirigeant d’entreprise : Façon Silicon Valley. Commencer à monter mon p’tit truc dans un garage au son d’un bon vieux southern rock, puis grandir. Devenir un vrai self-made-man qui finira par devenir leader dans son domaine professionnel, et voir s’ouvrir les portes de la postérité : CEO of the century, ma trombine dans Forbes…
    Les grosses maisons, les grosses bagnoles, des maîtresses dans toutes les grandes villes du monde…
  • Animateur radio : Devenir la voix de la nuit (jeune mâle sexy, voyez le genre), un peu comme Georges Lang sur RTL. Faire découvrir à tous les insomniaques et nocturnes de France les grands classiques de la musique rock, du jazz ou de la musique classique.
    Puis envoyer des vannes bidons qui ne feront rire personne. « C’est Jésus, il entre dans une auberge, il donne trois clous à l’aubergiste et lui demande : Hé l’ami, t’aurais pas une croix pour la nuit ? »

Voilà, c’est à peu près tout. Ah, j’aurais tant voulu dire moi aussi : « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans. » (Charles Baudelaire)
Et vous, qu’auriez-vous aimé être ?


De ma vie sans télé. 5

Télécran

Celles et ceux qui me lisent régulièrement le savent, je vis sans télévision. J’ai eu des moments d’égarement où la question s’est posée, mais j’ai toujours fini par résister à la tentation. En fait, c’était surtout pour meubler que j’en voulais une. Combler le vide, s’en servir comme « objet de décoration ».

Les comptes-rendus d’émissions me confortent quotidiennement dans mon choix : je n’achèterai pas de « télécran », non.(Fans d’Orwell, êtes-vous là ?)
Entendre parler du dernier épisode en date de « L’amour est dans le pré », assister (au mauvais endroit, au mauvais moment) au teaser des « Marseillais à Miami » sont bien assez de peine, je ne vois pas pourquoi je me porterais acquéreur d’un téléviseur (ou d’un télécran, comme j’aime le nommer).

Joueur occasionnel, j’ai parfois pensé acheter l’ensemble télé/console, mais mon faible temps de jeu ne vaut pas la peine de consentir à pareil investissement. J’ai donc décidé de vivre sans télé.

Évidemment, vous vous en doutez, je me suis retrouvé confronté à l’incompréhension générale. Chaque fois que j’évoque ce non-événement (vraiment, est-ce extraordinaire ?), j’ai droit à la sacro-sainte phrase : « T’AS PAS DE TÉLÉ ?! COMMENT TU FAIS ?! ». Je vis.
Il faudra que l’on m’explique un jour en quoi une télévision constitue un besoin vital… Toujours est-il que je me retrouve donc à expliquer que regarder les émissions hautement intellectuelles (ai-je besoin de préciser qu’il s’agit d’ironie ?) telles que « Le Juste Prix », « Les douze coups de midi », « Les Ch’ti à Ibiza » et autres balivernes ne m’intéressent pas, et que les rares programmes dignes d’intérêts (comme certaines émissions de LCP, d’Arte, ou France 5) sont disponibles en podcast.

La réponse est toujours la même : « Ah… »

Je préfère consacrer mon « temps de cerveau » disponible à autre chose. Rien que le fait de zapper et tomber sur quelque chose qui m’horripile suffit à me faire passer l’envie de rester devant cet objet (trop souvent) abêtissant. Que cela vous choque ou non : lire, écouter de la musique, et suivre des émissions « culturelles » sont pour moi un divertissement, au même titre que les miasmes télévisuels nommés « divertissements » où les gens beuglent une heure durant.

Vient la question du matin : qu’est-ce que je fais le matin sans télé ? J’écoute la radio. Je mets RTL, et je suis l’actualité. Puis je bascule vers France Musique.
J’ai déjà vécu l’horreur de tomber le matin sur ces chaînes nauséabondes qui diffusent des clips « musicaux ». Il est pour moi insupportable de subir ne serait-ce qu’une seconde ces mélopées insipides à l’heure où le soleil se lève.

Vient la question du soir : qu’est-ce que je fais le soir sans télé ? Je blogue, j’écume le Net, je regarde ce que j’ai téléchargé la journée, je lis, j’écoute de la musique. En été, je fais du sport.

Et en journée ? Il m’arrive d’écouter les programmes de France Culture et de France Musique. Vous devriez essayer…

Et comment je fais pour regarder les matchs de l’équipe de France ?!

>
Vous parlez de ces maroufles ? À la fin il y a quand même des idiots pour applaudir…

Là encore, rassurez-vous, j’ai droit aux commentaires éclairés fournis par les réseaux sociaux. Ainsi, je connais les programmes, les scores des matchs, les répliques cultes, TOUT.
Alors oui, je vis sans télé(cran), et je le vis bien. Pire, souvent mon père me dit : « T’as bien de la chance de ne pas subir toutes ces conneries ! ».

Les : « Mais si, ils l’ont dit à la télé ! », les « Allume la télé ! », les trois heures et seize minutes quotidiennes passées devant la télé, le monde voit aujourd’hui la télévision comme un messie, un prophète qui dicte la bonne parole. Il n’y a qu’à voir, nombre de foyers en ont plus d’une ! « Voyons, il dit ça pour te taquiner chéri. Mais personne n’a deux postes de télévision ! ».
Du plus loin que je me souvienne, je n’ai jamais été un « enfant de la télé » (mouton noir de la famille, tout ça…). Pourvu que ça dure.

Groucho Marx déclarait : « Je trouve que la télévision est très favorable à la culture. Chaque fois que quelqu’un l’allume chez moi, je vais dans la pièce à côté et je lis. » Sages paroles.

TF1 Suicide du livre


Vendredi 9 novembre 2012 : Foire du Livre de Brive

Foire du livre

C’est avec des objectifs précis et la volonté de les réaliser rigoureusement que j’ai pris le TER Limousin direction Brive-la-Gaillarde : rencontrer Amélie Nothomb, Bernard Pivot, faire dédicacer mon « Hygiène de l’assassin numéroté », et ramener un marque-pages dédicacé pour @Carangueijo_.
Une vingtaine de minutes s’écoulèrent… Cornil, puis Aubazine, et j’arrivai à Brive.
À la descente, quelques souvenirs du trajet se bousculaient en mémoire. En gros : « Je dois aller tout droit ». La place du 14 juillet, halle Georges Brassens. Au bout de 10 minutes, apparemment perdu, je cédai à la tentation si caractéristique du monde moderne : je sortis mon smartphone pour trouver mon chemin.
200 mètres plus loin s’offrait à moi la halle Georges Brassens. Peu de monde. À l’entrée veillait la sécurité, munie d’un détecteur de métaux. En me présentant à eux, ils me demandèrent d’ouvrir mon sac. Il n’y avait que des oeuvres d’Amélie Nothomb. Notez que je peux tuer avec… surtout avec un coffret en bois.
Le dialogue, quant à lui, fut particulièrement croustillant :

« Vous avez un couteau ?
– Pour quoi faire ?
– … tailler un bout de viande. »

Après avoir passé l’entrée, je me jetai à corps perdu dans l’immensité de la halle Georges Brassens. Près de 400 auteurs étaient attendus. À 13 heures, nous pouvions presque entendre ce qui se murmurait. Corrèze Télévision préparait son petit plateau, et les libraires patientaient comme ils le pouvaient en raison du manque de chalands. Selon toute vraisemblance, je devais attendre 15 heures pour avoir enfin la chance de rencontrer ceux pour qui j’étais présent : Amélie Nothomb et Bernard Pivot. C’est au stand de ce dernier que j’achetai « Oui, mais quelle est la question ? ». C’est sans un mot que je fis comprendre au libraire que je voulais qu’il fût mien : je sortis ma carte bancaire. 19€.

Je m’installai donc sur une des nombreuses chaises mises à disposition des spectateurs des futures émissions de Corrèze TV pour entamer ma lecture. Je m’arrêtai à la page 84. 84, toujours ce chiffre… pourquoi ? Je ne le sais pas.
Je m’en allai tourner sans but dans la foire, entre tweets et photos (floues, comme à mon habitude. Je suis vraiment MAUVAIS en photo, en plus d’avoir un mauvais smartphone). Il était à peu près 15 heures, et la petite feuille où il était écrit : « Amélie Nothomb sera là à partir de 15h. » avait disparu. Elle fut rapidement remplacée par « Amélie Nothomb sera là après sa conférence. ». Je filai donc au pas de course à la conférence d’Amélie, déjà bondée. Me frayant tant bien que mal un chemin jusqu’à pouvoir apercevoir son chapeau, j’écoutai attentivement ce qu’il se disait. Comme à son habitude, la plus japonaise des Belges ne manqua pas d’humour, accumulant les petites phrases visant à faire rire son auditoire.
L’impatience qui était mienne me fit quitter la conférence celle-ci à peine terminée. Le temps d’aller jusqu’au stand de Pivot (Pingeot, et Trierweiler. Stand VIP s’il en est…) pour m’apercevoir qu’il n’était toujours pas là. Il y avait déjà foule autour du stand de Nothomb lorsque je revins. Par chance, il ne fallut qu’à peine quinze minutes de bousculade pour arriver jusqu’à la dame au chapeau. Petite conversation :

« Oh, le coffret ! un fan ! Comment vous appelez-vous ?
– Sébastien. Mais, j’ai une certaine requête dont je voudrais vous faire part…
– Je vous écoute.
– Pouvez-vous écrire : « Bénis soient ceux qui inspirent l’amour » ?

Un blanc s’installa, et je vis son regard s’emplir de surprise. Une agréable surprise.

– Bien sûr. Mais dîtes-moi Sébastien, c’est la première fois que nous nous voyons ? Je n’ai pas souvenir de vous avoir déjà vu…
– C’est exact.
– En tout cas, vous semblez très bien connaître mon oeuvre.

Dédicace Nothomb

Avant que l’on m’accuse d’être un addict de Nothomb, sachez que ce coffret est à l’origine un investissement. 1000 exemplaires existent et pas un de plus. Le faire dédicacer était pour moi l’occasion de lui offrir une plus-value. Finalement, je vais peut-être le garder…
Ensuite, « Bénis soient ceux qui inspirent l’amour » est une citation issue d’Antéchrista, roman de 2003. Pour la petite histoire, cette citation (au demeurant très jolie) est présentée dans le roman comme un psaume issu de la Bible. Amélie Nothomb elle-même pensait qu’il s’agissait d’une tirade biblique. En vérité, il s’agit d’une phrase issue de l’esprit de l’auteur.
Au passage, je vous conseille de prendre le temps de regarder l’émission « Noms de Dieux » consacrée à sa personne. Très instructive et agréable à suivre.
Donc, non, je ne connais pas « très bien » l’oeuvre d’Amélie Nothomb. Disons que j’arrive à faire illusion de par les quelques connaissances glanées çà et là. Pour autant, j’apprécie beaucoup cette femme, proche de ses lecteurs et d’une authentique sympathie. Et je compte bien continuer à la lire.

À la fin de mon bain de foule, heureux d’avoir reçu ma dédicace, je retournai gaiement vers le stand de monsieur Pivot. Les libraires souriaient, car j’accumulais les heures d’attente. Encore une fois, l’image du fan absolu…
Ce « Oui, mais quelle est la question ? » est en réalité ma première lecture signée Pivot. Non, ce que j’aime chez Bernard Pivot, c’est sa passion pour la langue. Un défenseur de la littérature, un amoureux des mots. Il est un peu le maître Capello que nous n’avons plus. Un des derniers remparts contre la médiocrité linguistique galopante !
C’est donc à l’issue d’une énième question du type : « Hé, il arrive quand ? » qu’une libraire interpella son collègue pour lui dire : « Si, si, il arrive ! ». Caméras, flashs d’appareils photos, l’ami Bernard arrivait accompagné de la première dame de France.
Anecdote amusante. Le fameux libraire est allé voir l’écrivain dès son arrivée sur le stand pour lui dire : « Il y a des gens qui attendent depuis des heures ! ». Ahem, surtout un, en fait. Et c’est Natroll qui fut le premier à avoir son livre dédicacé. Belle récompense !

Dédicace Pivot

C’est donc dans la joie et l’allégresse que je quittai la foire du livre avec la ferme intention d’y revenir l’an prochain. Et, en me rendant à la gare de Brive-la-Gaillarde, je pus admirer le train avec lequel les écrivains arrivèrent en début d’après-midi : le légendaire Orient-Express !

Et c’est sur ce billet qui inaugure la catégorie « Littérature » que je vous quitte…


Anna Ternheim, café de la danse, 22 février : un moment magique. 1

Anna Ternheim

Si vous êtes lecteur du blog depuis un petit moment maintenant, vous n’êtes pas sans savoir que je suis un fan absolu fasciné par la jeune (oui, jeune) Anna Ternheim.
Ce mercredi 22 février était l’occasion pour @Carangueijo_ et moi-même de nous rendre au café de la danse pour assister au concert tant attendu de notre chanteuse fétiche. Arrivés aux alentours de 17:30, nous nous sommes dirigés vers le café Opéra afin de dîner avant partir en direction de la salle. Présents sur les lieux à 19:30, heure du concert, nous avons pu constater que nous n’étions visiblement pas les seuls à connaître la talentueuse suédoise. Simples curieux ou amateurs éclairés, la suite nous le dira.
Progressivement, la petite salle pouvant accueillir 500 personnes s’est progressivement remplie. Autant vous dire que nous étions assez surpris, « Anna Ternheim » étant un nom inconnu pour le commun des Français.
À environ 20:15, la blonde tant attendue est arrivée sur scène. À 10 mètres de moi seulement, je ne vous cache pas que j’ai frissonné… un pur bonheur. L’organisation de la scène respectait scrupuleusement le « code » de sa tournée. Au fond trônait la jaquette de son album « The Night Visitor », soigneusement encadré. La lumière fut peu présente tout au long du concert, à peine pouvions-nous distinguer les fauteuils et les instruments disposés ça et là. Une petite table avec un bougeoir, c’était là la pièce maîtresse de ce jeu de scène présent pour faire régner une ambiance intimiste. Et l’effet était au rendez-vous.
Chaque chanson s’enchaînait dans un silence de mort, une atmosphère semblable à celle d’une église. Anna Ternheim et Dave Ferguson étaient nos prêtres, et il était hors de question de perturber l’excellente prestation des deux protagonistes. Les acclamations nous firent prendre conscience que le public présent ce soir-là n’était pas constitué de curieux, mais bel et bien de personnes appréciant énormément sa musique. Les standing ovations étaient légion, et c’est avec un immense plaisir que nous y prenions part. Rien n’était assez beau pour Anna et son fidèle acolyte.

Ceux qui connaissent un minimum la discographie de la chanteuse seront peu surpris : Anna nous a joué essentiellement les titres de son dernier album (en vente à la fin du concert. Le vrai fan, lui, le possède déjà. Acheté sur un site suédois, bien entendu). Dave Ferguson, qui au premier coup d’oeil a tout du vieil américain un peu ronchon, s’est montré dès son arrivée sur scène complice du public, enchaînant les blagues et les mimiques. Une crème d’homme à la voix exceptionnelle. @Carangueijo_ lui a posé la question, c’est sa consommation excessive de tabac qui lui confère une telle voix. Wink (véridique)

Anna, et nous n’en demandions pas tant, a su électriser toute la salle. Les aigus étaient absolument remarquables, jamais l’écoute de ses albums (et ce serait un euphémisme de vous dire que je les ai écoutés de nombreuses fois) ne nous a procuré de tels frissons !
L’aspect intimiste de cette rencontre fut renforcé par les petits couacs (notamment lors de l’interprétation de Halfway to fivepoints, sa guitare n’était pas accordée correctement. Enfin… pour elle qui est visiblement extrêmement perfectionniste. Je n’avais rien remarqué.) qui rendent l’interprète plus humain et les échanges entre Anna et Dave, toujours empreints d’humour.

Enfin, au delà de la beauté nitescente de l’évènement, ce concert fut l’occasion pour moi de rencontrer l’excellent M. David Servant, créateur du webzine Stars Are Underground, dont j’avais déjà pu apprécié le travail auparavant.
Car oui, je dois vous avouer que si j’étais équipé d’un Fujifilm S2000HD (d’assez bonne facture, un bridge correct), cela ne changeait rien au fait que je suis le parangon des ignares de la photographie. J’ai donc décidé de me tourner vers quelqu’un un poil mieux placé, équipé d’un meilleur appareil que le mien et d’un t-shirt de « Leaving on a mayday ». Wink

Dès minuit, ma boîte mail était déjà en possession des précieuses photographies. Les photos que vous découvrirez ci-dessous sont donc ses photos. Pour ma part, que dire pour conclure cet article ? Que le seul regret que j’ai est de pas avoir pu me rendre à la session du jeudi 23 ? C’est bien le cas. Peu importe, ce concert restera inoubliable et je n’ai qu’une hâte : la revoir le plus tôt possible (j’espère que ses jambes resteront aussi magnifiques qu’elles l’étaient ce soir là).

Bref, merci à Anna et Dave pour ce show exceptionnel, merci à Dave pour la p’tite pointe d’humour et la cordiale poignée de main (@Carangueijo_ lui dira merci pour le médiator), et merci à David Servant pour ses photos !

Jag älskar dig, Anna ! Heart


Un informaticien en fac de médecine. 6

Tout d’abord, laissez-moi vous dire que « Non, je n’ai pas quitté mon travail pour partir en médecine ». Si je me suis amusé à tromper mon entourage, je ne tiens pas à me faire questionner ici sur les raisons qui m’auraient amené à faire une chose pareille.

Lundi 7 novembre, après un week-end de repos, je rejoignis par le train la ville de Nancy sur invitation de mon acolyte @Carangueijo_. Je m’apprêtais à passer une journée dans la peau d’un étudiant en première année de médecine. Le stratagème était au point, j’allais pouvoir me faufiler dans l’amphithéâtre Parisot (oui oui, du nom de Laurence, qui était étudiante à Nancy) et assister aux cours indigestes auxquels se frottent chaque jour ceux qui sont pour moi des têtes brûlées. (n’y voyez rien de péjoratif)

N’ayant expérimenté que le BTS, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en me rendant en fac. La seule certitude : le vocabulaire de l’informatique n’est pas à l’ordre du jour. Toutefois, c’est avec une certaine curiosité que j’attendais de savoir de quoi il en retournait.

PACES
Première Année de Cruauté, d’Épuisement et de Souffrance.

Après avoir galéré à retrouver la place que me réservaient les sympathiques compagnons martyrs de @Carangueijo_ (riez pas !), il était l’heure de sortir une feuille, un stylo (pour faire mine de hein… même si j’ai pas mal gratté. « M’en fous, j’suis payé ». C’était ma phrase fétiche.) et de poser quelques questions.

« Il est où, le prof ?
– Il est pas là. Le cours est filmé et diffusé simultanément dans plusieurs facs.
– D’accord. Et donc, si t’as des questions tu fais comment ?
– Tu le contactes par mail.
– Si je comprends bien, il n’y a donc que les élèves et des pions.
– Exact. »

Première heure de cours. La base ici, c’est de prendre des photos des schémas (même si certains cours sont podcastés ensuite. Certains, pas tous) et de gratter soit sur une feuille, soit sur un Mac. (ils sont tous des Mac ces jeunes, enfin presque. Et ils sont tous droitiers. Enfin, presque)
Je me suis laissé émerveiller par la dextérité de @Carangueijo_ sur NeoOffice (moi qui ne sais pas faire un tableau. Je ne suis pas dactylo) et j’ai pris un malin plaisir à tromper la vigilance des pions en faisant mine de chercher à comprendre et surtout, à leur adresser un large bonjour en arrivant.

Quant aux cours en eux-mêmes, autant vous l’avouer : si vous sortez d’une série autre que S et que les mathématiques et la physique ne sont pas vraiment vos meilleurs amis, préparez-vous à ne rien comprendre. Pour compenser mon idiotie profonde, je faisais ce que je fais de mieux : repérer les fautes d’orthographe (ils sont médecins, pas hommes de lettres), retenir des mots très longs et amusants comme fluorodeoxyglucose (y a rodéo dedans) et hexachlorocyclohexane, monter une liste de mots en -ine comme : myosine, tropomyosine (une évolution, comme dans Pokemon), titine (il ne parlait pas de voiture) etc, et sourire devant des mots comme sarcomère (le vaisseau mère de Sarkozy ?!)

Comic Sans
Tourne sous Mac mais fan de Comic Sans.

Le cours à peu près humain était celui sur les tissus. Le prof enchaînait ses diapos bourrés d’effets mais aussi de Comic Sans et s’est même permis un petit aparté sur le sport. J’ai eu le temps d’un instant l’oreille à l’affût, avant de ne rien comprendre à ses propos. Dommage.

Troisième et dernière heure, la plus insoutenable. C’est à ce moment précis que l’amphi se vide littéralement. « Atomes, biomolécules, génome, bioénergétique, métabolisme ». On m’a prévenu : « Personne ne comprend ce cours. »
Effectivement, c’est un cours qui ressemble plus à une partie de Triomino Deluxe édition Bac+8 et > qu’autre chose…

Halo
Nucléophile… une nouvelle paraphilie ?

Régulièrement, des étudiants sortaient, vaincus par l’abominable professeur. Ils se faisaient sortir sous les sifflements un peu « Game Over » de leurs camarades impitoyables. (Dallas, c’est la Petite Maison dans la prairie jouée par une bande de pédales en robe longue à côté…)

C’est en sortant de cette séance de torture que nous avons croisé une amie du collège qui m’a proposé de prolonger d’une journée l’expérience. Mardi, bis repetita, les trois même cours, les trois mêmes profs, les mêmes compagnons martyrs de @Carangueijo_ (qui m’ont pris soit pour un fou, soit pour un fou. Ou les deux. Je suis fou, c’était bien vu) +1 (l’amie en question, si vous m’avez suivi), un rewind qui n’avait que pour seule différence avec la journée de lundi l’ordre des mots que je ne comprenais pas. Enfin, je crois.

Ce que j’en retiens : Découvrir le quotidien des étudiants en médecine constitue une expérience enrichissante (avec un passage en TD où j’ai risqué de me faire griller), même si comme je vous le dis je n’ai strictement rien compris à leurs cours.
On m’a d’ores et déjà invité à réitérer l’expérience, invitation que j’ai acceptée avec plaisir. Wink