Littérature

Parce qu’il faut mêler à la folie un grain de sagesse…


Questionnaire littéraire.

Magazine

Pendant mes pérégrinations virtuelles il arrive que je tombe sur de petits billets amusants et riches en reminiscences. C’est le cas de ce petit « questionnaire littéraire » qui me vient du blog d’écrits vains. Pour la petite histoire, ce fameux questionnaire faisait du tumulte en 2009 sur Facebook où nous prenions plaisir à le remplir avec des titres de chansons en se cantonnant à un unique artiste.
C’est avec un plaisir non dissimulé que je remplis à nouveau ce questionnaire en répondant à ces quelques questions avec des titres d’ouvrages.
(On est loin de ma causticité habituelle… profitez-en, ce bonheur ne durera pas.)

Décris-toi : L’étranger, Albert Camus

Comment te sens-tu ? Je vais bien ne t’en fais pas, Olivier Adam

Décris où tu vis actuellement : Une chambre à soi, Virginia Woolf

Si tu pouvais aller n’importe où, où irais-tu ? À l’hôtel Bertram, Agatha Christie

Ton moyen de transport préféré ? La diligence de Beaucaire, Alphonse Daudet

Toi et tes amis vous êtes ? Les fleurs du mal, Charles Baudelaire

Comment est le temps ? Nuit noire, étoiles mortes, Stephen King

Ton moment préféré de la journée ? Le tour du monde en quatre-vingts jours, Jules Verne

Qu’est la vie pour toi ? La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Philippe Delerm

Quel est le meilleur conseil que tu as à donner ? La ferme des animaux, George Orwell

Ta peur ? Le démon de la perversité, Edgar Allan Poe

Ta pensée du jour ? Carmen, Prosper Mérimée

Comment aimerais-tu mourir ? Ce cher Dexter, Jeff Lindsay

La condition actuelle de ton âme : Candide, Voltaire

« Le monde est fait pour aboutir à un beau livre. », disait Stéphane Mallarmé.


Du « Magazine Littéraire » : le SMS. 5

Magazine

Je suis parti en début d’après-midi, marchant lentement, buvant l’air léger d’un printemps qui tardait à éclore… J’arpentais l’avenue Victor Hugo avec une jovialité non dissimulée, portée par la placidité des lieux.
Passé le Mylord, c’est Édith Piaf qui vint s’asseoir à la table de mon subconscient (ici c’est confortable), jusqu’à ce que j’entrasse dans une petite maison de la presse tulliste pour acquérir le dernier Magazine Littéraire en date.

J’ai tourné les pages une par une, m’enquérant avec délectation de chaque ligne jusqu’à ce que mes yeux se posent sur un encadré provocateur, un petit pavé jeté dans la mare. Voilà comment j’en suis venu à lâcher le magazine pour vilipender ce qui est pour moi une vision utopique, rocambolesque, et clairement erronée de la réalité.

Je m’explique : la linguiste belge Louise-Amélie Cougnon a analysé 50000 textos en langue française (collectés en Belgique, en Suisse, au Québec et à La Réunion) pour les besoins de sa thèse soutenue à l’université catholique de Louvain (Belgique).
Ses conclusions (que je vous livre ici) m’ont interloqué. J’en suis resté pantois quelques instants avant de décider de « prendre la plume » pour affirmer l’inverse. Dans le doute, j’ose espérer qu’il n’y a qu’en France métropolitaine que les moyens de communication modernes sont au service de la décadence, du misérabilisme et de l’indigence sémantique.
Car n’en déplaise à madame Cougnon, mais les mails, SMS et réseaux sociaux sont bien les suppôts de l’incompétence linguistique.

Cougnon SMS
Dans un autre registre, j’aurais envie de m’exclamer « Il prend envie de marcher à quatre pattes ».

Au-delà d’une joute linguistique sur la légitimité de l’expression « langage SMS » (où on ne peut donner tort à l’auteure car le SMS, même particulièrement disgracieux, est bien lu et interprété en français et elle l’a souligné), l’auteure choque quant à sa vision bien trop optimiste sur les tenants et aboutissants de cette pratique. Elle y voit une « très grande créativité », citant à l’envi les « néographismes » et les « néologismes »
Doit-on se réjouir de voir nos jeunes remplacer des mots par des « dessins » dévoilants leurs émotions à l’heure où leur vocabulaire est à la peine ? Doit-on se réjouir de voir apparaître des mots qui ne sont pas sans rappeler le novlangue de 1984 d’Orwell (je sais, j’en reviens toujours à cette oeuvre).
Les bisounuit et autres moiversaire sont du même acabit que les angsoc et miniver de l’univers dystopique du visionnaire britannique.

Madame Cougnon donne tout ce qu’elle peut dans cet art de la provocation qui est le sien et déclare : « Les usagers du SMS paraissent renforcer leur lien avec la langue par le biais d’une activité qui, universellement, plaît : le jeu. »
Non contente de déclarer pareille calembredaine, elle nous achève d’un « J’avancerais donc plutôt l’hypothèse du développement d’une double compétence linguistique : la connaissance des règles traditionnelles, d’une part, et la maîtrise du jeu sur le code, de l’autre. Bref, rien là qui atteste d’une terrible montée en puissance de l’incompétence linguistique. »

Madame Cougnon, votre ingénuité est affolante et prête à penser que nous ne vivons pas dans la même francophonie. Comme je le disais dans mes propos liminaires (mais je peine à le croire), j’espère qu’il y a qu’en France que la maîtrise de la langue se perd.
Les règles traditionnelles qui régissent notre si belle langue sont depuis longtemps dans les limbes, et seul un ersatz de français persiste aujourd’hui dans les correspondances éphébiques. La conjugaison est galvaudée pendant que la grammaire fondamentale enseignée à l’école primaire est traînée dans la fange. Les forums, les réseaux sociaux, les SMS nous inondent d’aberrations orthographiques toutes plus laides les unes que les autres et le niveau global, lui, dévisse.
Madame Cougnon, je vous le demande : où est cette prétendue « double compétence linguistique » ?

La thèse défendue par madame Cougnon me paraît donc parfaitement incongrue. Pis, elle semble relever de l’allégation spécieuse, de la fantasmagorie.
Elle réfute (peut-être porte-t-elle de larges œillères ?) une assertion maintes et maintes fois prouvée, étayée et qui fait l’unanimité : le français n’a plus la cote. Mis en retrait par le diktat des mathématiques et la glorification des filières scientifiques, la langue n’a désormais plus la priorité dans le monde de l’éducation.
Dans cette France où le nivellement par le bas est la norme, laissons aux candides les faveurs d’un optimisme forcené ! « Nos enfants font des fautes mais au moins ils écrivent ! »
Quand la syntaxe approximative détruit le sens, quand le vocabulaire est balbutiant, quand les règles sont bafouées, peut-on parler d’écriture ? Peut-on sacrifier la maîtrise de la langue ? Ce laxisme ne représente-t-il pas un risque pour l’avenir ?

À ces questions je réponds en citant George Orwell (encore et toujours) : « La façon la plus rapide de mettre fin à une guerre est de la perdre. »