Littérature

Parce qu’il faut mêler à la folie un grain de sagesse…


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« J’assume qu’il y ait un libéralisme. Le libéralisme est une valeur de gauche. » Cette phrase prononcée par l’actuel occupant du Palais de l’Élysée eut l’effet d’une bombe : aussitôt dite, la saillie imprudente du ministre de l’économie devenu président donna suite à de courts quolibets comme à de longues diatribes. Liêm Hoang Ngoc, « socialiste insoumis » et ancien parlementaire européen, n’hésita pas à éructer sa harangue marxisante dans les colonnes du Monde, arguant que « Les « libéraux de gauche » se parent du costume réformiste social-démocrate pour travestir leur adhésion aux idées les plus conservatrices. L’horizon de la […]

« La gauche, la droite et le marché » : à lire ...


Au détour des rues, on voit des nuées d’employés du bâtiment câbler les nouveaux éclairages publics. On hâte le pas en levant la tête : ils ont tous cette même froideur, ce même teint blafard. Intérieurement, on se dit que cette frissonnante lumière blanche siéra à ravir aux frimas des nuits et des matins hivernaux ; les nuits blanches trouveront là une nouvelle illustration. Le nez dans l’écharpe, on se remémore non sans plaisir les lointaines fantaisies de l’enfance. Il n’y a guère plus d’excentricités à l’âge adulte. On psalmodie Mill : « Que si peu de gens osent maintenant être […]

Brèves hivernales


Fils de mes maux. Parfois veufs avant d’avoir été orphelins. Ils trahissent mes pensées ou les travestissent, cela va de soi. Espiègles, ils s’enfuient aussi vite qu’ils sont venus et ne me laissent rien, pas même le temps de les griffonner. Ils s’amusent, se chamaillent, se déguisent… Ils m’oublient, puis s’en vont. J’en perds la paternité, je ne reconnais plus les miens. Tous deviennent étrangers à ce que je voulais dire. Dire. La parole me manque parce que je n’ai pas les mots pour prononcer les sons. Ils ne se montrent sous leur meilleur jour qu’à l’écrit parce qu’ils préfèrent […]

Mes mots…



La fugacité d’un regard, d’un mot, d’un geste. Tout s’envole puis dépérit sans jamais révéler le sens secret des choses. Je suis une rive tourmentée, violentée par le fracas des vagues, étourdie par le vacarme du vent et hantée par la noirceur du ciel. Le temps nous emporte et nous écrase avec la même véhémence ; rares sont ceux qui arpentent toutes les dimensions de l’absence sans jamais sombrer dans ses funestes torrents : on thésaurise toutes les unités du temps sans même jouir de la richesse de l’instant présent. Sur le rivage jonche l’épave de nos rêves et de […]

L’éveil, décence.


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Certains choix s’imposent à nous. Ils s’immiscent subrepticement et nous dictent notre conduite sur un ton péremptoire qui ne laisse plus de place aux tergiversations, atermoiements et autres veuleries qui nous permettaient de nous contenter du statu quo. Dans la tête, c’est une explosion de spontanéité, comme un cri strident poussé par un Jiminy Cricket nous exhortant à agir. Dès lors, nous ne pouvons plus reculer ; nous obéissons, peu ou prou conscients que si tout est écrit, alors la plume de l’écrivain est en train de nous écraser. La prochaine page sera peut-être celle que l’on attend. Pour pouvoir […]

L’école des choix personnels.


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Un manuscrit d’Honoré de Balzac. La vie est telle qu’elle correspond parfaitement à cette illustration : chargée, pleine de ratures et d’annotations, jaunissant sous le faix du temps. L’humain, pauvre mortel, n’est au final qu’un personnage de cette vaste comédie humaine, condamné à suivre la voie toute tracée qui a été écrite pour lui. Et si tout est écrit, alors il n’y a plus de libre-arbitre : il ne reste que le choix d’options menant inexorablement à la même issue, une liberté chimérique octroyée par un habile marionnettiste. L’existence est alors la plus discrète de nos lectures : on se […]

Et si tout est écrit…



Les boulets s’entassent à une allure effrénée malgré le froid et la bise de ce mois de décembre. De petites mains gantées s’agitent pour renforcer les structures. Ne pas négliger l’arrière, peut-être vont-ils tenter de nous prendre à revers. Chacun prend sa tâche à cœur, et une poignée de vaillants combattants surveille d’ores et déjà le moindre geste venant du camp ennemi. L’assaut est donné. Nous nous baissons derrière notre muraille, armés et prêts à en découdre pour défendre ce qu’il nous reste. On renforce les flancs, on place un gars à l’arrière. Deux continuent coûte que coûte à assurer […]

Faits d’hiver.


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À peine Mr Keating fut-il sorti de la salle que l’on vilipendât son œuvre. La tête haute et le verbe incisif, il leur fallait nager à contre-courant, lutter contre l’establishment et s’ériger en dernier rempart contre le progressisme dangereux qui ronge notre société décadente, dénuée de tout repère. Non, M. Martel. C’est incorrect. Vous pouvez vous rasseoir, vous et vos séides. 140 caractères ne constituent pas une argumentation. Ils ne suffisent pas et ne suffiront jamais à justifier une prise de position aussi radicale. Stupide et toxique, vous dîtes ? Qu’est-ce qui est stupide et toxique ? De vouloir la […]

À propos de Philippe Martel et du Cercle des Poètes ...


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Elle s’était enfuie, dissipée, évaporée dans ce mur de brume ; sans dire un mot, sans coup férir, sans caresse ni froissement. Il n’y avait donc eu aucune frustration, aucune déception, seulement du vide… Du vide. Il reposa son stylo et inclina la tête : ses yeux étaient écarquillés et son front, parsemé de rides. « Enfuie ». Sous ses doigts, la page conservait une blancheur immaculée ; sourires et railleries, l’hétaïre restera chaste. Le silence est parfois le plus insupportable des vacarmes. Il voulait entendre la pointe de son stylo grignoter le papier, il voulait l’entendre hurler, tourner les pages comme […]

Page blanche.