Lâchez le Natroll !

Ici, le Natroll se lâche ! Un bon gros troll de mauvaise foi saupoudré de méchanceté gratuite. Ou pas.


Du « Magazine Littéraire » : le SMS. 5

Magazine

Je suis parti en début d’après-midi, marchant lentement, buvant l’air léger d’un printemps qui tardait à éclore… J’arpentais l’avenue Victor Hugo avec une jovialité non dissimulée, portée par la placidité des lieux.
Passé le Mylord, c’est Édith Piaf qui vint s’asseoir à la table de mon subconscient (ici c’est confortable), jusqu’à ce que j’entrasse dans une petite maison de la presse tulliste pour acquérir le dernier Magazine Littéraire en date.

J’ai tourné les pages une par une, m’enquérant avec délectation de chaque ligne jusqu’à ce que mes yeux se posent sur un encadré provocateur, un petit pavé jeté dans la mare. Voilà comment j’en suis venu à lâcher le magazine pour vilipender ce qui est pour moi une vision utopique, rocambolesque, et clairement erronée de la réalité.

Je m’explique : la linguiste belge Louise-Amélie Cougnon a analysé 50000 textos en langue française (collectés en Belgique, en Suisse, au Québec et à La Réunion) pour les besoins de sa thèse soutenue à l’université catholique de Louvain (Belgique).
Ses conclusions (que je vous livre ici) m’ont interloqué. J’en suis resté pantois quelques instants avant de décider de « prendre la plume » pour affirmer l’inverse. Dans le doute, j’ose espérer qu’il n’y a qu’en France métropolitaine que les moyens de communication modernes sont au service de la décadence, du misérabilisme et de l’indigence sémantique.
Car n’en déplaise à madame Cougnon, mais les mails, SMS et réseaux sociaux sont bien les suppôts de l’incompétence linguistique.

Cougnon SMS
Dans un autre registre, j’aurais envie de m’exclamer « Il prend envie de marcher à quatre pattes ».

Au-delà d’une joute linguistique sur la légitimité de l’expression « langage SMS » (où on ne peut donner tort à l’auteure car le SMS, même particulièrement disgracieux, est bien lu et interprété en français et elle l’a souligné), l’auteure choque quant à sa vision bien trop optimiste sur les tenants et aboutissants de cette pratique. Elle y voit une « très grande créativité », citant à l’envi les « néographismes » et les « néologismes »
Doit-on se réjouir de voir nos jeunes remplacer des mots par des « dessins » dévoilants leurs émotions à l’heure où leur vocabulaire est à la peine ? Doit-on se réjouir de voir apparaître des mots qui ne sont pas sans rappeler le novlangue de 1984 d’Orwell (je sais, j’en reviens toujours à cette oeuvre).
Les bisounuit et autres moiversaire sont du même acabit que les angsoc et miniver de l’univers dystopique du visionnaire britannique.

Madame Cougnon donne tout ce qu’elle peut dans cet art de la provocation qui est le sien et déclare : « Les usagers du SMS paraissent renforcer leur lien avec la langue par le biais d’une activité qui, universellement, plaît : le jeu. »
Non contente de déclarer pareille calembredaine, elle nous achève d’un « J’avancerais donc plutôt l’hypothèse du développement d’une double compétence linguistique : la connaissance des règles traditionnelles, d’une part, et la maîtrise du jeu sur le code, de l’autre. Bref, rien là qui atteste d’une terrible montée en puissance de l’incompétence linguistique. »

Madame Cougnon, votre ingénuité est affolante et prête à penser que nous ne vivons pas dans la même francophonie. Comme je le disais dans mes propos liminaires (mais je peine à le croire), j’espère qu’il y a qu’en France que la maîtrise de la langue se perd.
Les règles traditionnelles qui régissent notre si belle langue sont depuis longtemps dans les limbes, et seul un ersatz de français persiste aujourd’hui dans les correspondances éphébiques. La conjugaison est galvaudée pendant que la grammaire fondamentale enseignée à l’école primaire est traînée dans la fange. Les forums, les réseaux sociaux, les SMS nous inondent d’aberrations orthographiques toutes plus laides les unes que les autres et le niveau global, lui, dévisse.
Madame Cougnon, je vous le demande : où est cette prétendue « double compétence linguistique » ?

La thèse défendue par madame Cougnon me paraît donc parfaitement incongrue. Pis, elle semble relever de l’allégation spécieuse, de la fantasmagorie.
Elle réfute (peut-être porte-t-elle de larges œillères ?) une assertion maintes et maintes fois prouvée, étayée et qui fait l’unanimité : le français n’a plus la cote. Mis en retrait par le diktat des mathématiques et la glorification des filières scientifiques, la langue n’a désormais plus la priorité dans le monde de l’éducation.
Dans cette France où le nivellement par le bas est la norme, laissons aux candides les faveurs d’un optimisme forcené ! « Nos enfants font des fautes mais au moins ils écrivent ! »
Quand la syntaxe approximative détruit le sens, quand le vocabulaire est balbutiant, quand les règles sont bafouées, peut-on parler d’écriture ? Peut-on sacrifier la maîtrise de la langue ? Ce laxisme ne représente-t-il pas un risque pour l’avenir ?

À ces questions je réponds en citant George Orwell (encore et toujours) : « La façon la plus rapide de mettre fin à une guerre est de la perdre. »


De la presse footballistique. 2

Zlatan

Raillerie, raillerie, criera-t-on à tout va ! À l’heure où la France vibre parce que vingt-deux paltoquets nantis s’apprêtent à se lancer dans une joute chimérique qui n’aura d’influence que sur leurs égos surdimensionnés et leur fortune personnelle, prenons donc le temps (et le plaisir !) de jeter un regard sur la presse spécialisée qui officie dans cet univers où la raison et le bon sens n’ont pas leur place.

À vagabonder allègrement entre les magazines, passant de la politique à l’économie et de l’économie aux lettres, c’est non sans un sourire sardonique que je me suis un jour approché de la presse footballistique, convaincu de trouver là une vacuité à la hauteur de mes espérances, et pour tout vous dire, en tout point conforme aux stéréotypes qui sévissent et dont je me gausse régulièrement.

Art de l’image, de l’instantanéité, mais désarroi littéraire corroborant avec le profil type de l’amateur de ballon rond (n’en déplaise à Bernard Pivot…) à savoir : un vocabulaire limité et une prédisposition à l’inactivité cérébrale. La presse footballistique n’est autre qu’une galerie photos destinée à émoustiller les supporters aux esprits inféconds.
En outre, on y trouve les remarques éclairées fruits de « débats houleux » entre « experts » du milieu. Il n’y a bien que ces gougnafiers qui n’ont qu’un neurone de plus qu’une poule (celui qui leur sert à ne pas déféquer partout — cher collègue si tu me lis…) pour débattre sur quelques mots prononcés par des troubadours dont l’indigence sémantique n’est pourtant plus à démontrer.
Une indigence sémantique à son acmé lorsque l’on assiste, impuissants, à la popularisation de cet ignoble néologisme (issu d’un prénom) qui n’a pas lieu d’être tant notre langue est riche (mais encore eût-il fallu qu’ils la maniassent savamment !).

FF
Un frontispice qui en dit long. Des photos, et peu de textes. La lecture n’est pas leur fort.

De nombreuses pages (toutes ?) sont destinées à être placardées sur les murs en vue d’un endoctrinement infantile. Futures chairs à ballon décérébrées mais grassement payées (ou au contraire futures composantes de la plèbe), offrant joie, bonheur et allégresse aux masses laborieuses pour qui ce sport est un opiacé palliant la morosité ambiante.

Qu’ils lisent France Football, Onze Mondial ou l’Équipe, l’insanité est la même, le mal est consubstantiel : je vois là des gens qui préfèrent tergiverser sur les dernières pérégrinations du troubadour suédois qui fait frémir les foules, je vois là des masses inconscientes qui se livrent corps et âme pour défendre « leur équipe » comme si la face du monde allait changer, je vois là des citoyens qui n’en sont plus.
Ils demandent des « analyses » (qu’y a-t-il à analyser dans les tribulations de vingt-deux paires de jambes chassant un ballon ?), ils plébiscitent des « reportages », ils réclament du sport… du football.

Alors on leur donne du football à lire dans un format papier avec un vocabulaire aguicheur faussement intellectualisé, parce qu’on ne badine pas avec le football. On érige ce divertissement en pseudo-science : on pronostique, on fabule, on bluffe, on analyse !
À défaut de ne pouvoir être sérieux sur les sujets de société (le prêt-à-penser est là pour ça), on tape du poing sur la table pour imposer sa vision du jeu, on défend son poulain, on refait le match et on commente le mercato. Dans une France où l’on aime pas les riches, ces vedettes millionnaires sont élevées au rang des demi-Dieux par la majorité des SMICards du pays.

Qu’importe les polémiques, qu’importe les provocations, qu’importe leurs penchants pour la luxure et leur richesse tapageuse, il suffira d’un bon mot dans Téléfoot ou d’une critique élogieuse (mais surtout très imagée) dans les magazines pour réhabiliter leur image.
Marquez des buts, faites-nous rêver.

Pour finir tout en restant dans le monde journalistique, je rappelle à votre bon souvenir la maxime d’un célèbre journal qui n’est autre qu’une citation de Beaumarchais : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. »