En bref

Les trucs en vrac dont j’ai envie de parler, mais dont tout le monde se fout.


Vers le zéro déchet. 1

Le Monde titre encore en ce 20 juillet 2017 « Depuis 1950, l’Homme a fabriqué plus de 8,5 milliards de tonnes de plastiques ». Il faut dire que les ravages du consumérisme poussent l’humain à rivaliser d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de repousser les limites de l’absurde, au point de recouvrir certains fruits d’une peau composée de polymères, comme s’il ignorait que Mère Nature l’en avait déjà doté. Le sur-emballage, fléau sur lequel on jette l’anathème depuis trop de temps déjà, ne semble pas décroître ; atteints d’une fragilité insoupçonnée, certains connecteurs d’objets informatiques ont semble-t-il besoin d’un mince film plastique contenu dans un épais film plastique, lui-même contenu dans un solide emballage carton. On pourrait également palabrer longtemps sur des produits alimentaires qui affichent fièrement des « emballages individuels » ou des fruits et légumes bio qui cachent derrière leur réputation de produits sains des océans de plastique (imputable, notons-le, aux excès de normes qui pèsent sur ce secteur et qui impliquent des mesures de non-contamination).

Non-content d’avoir opéré un changement radical de mode de vie, voilà désormais que je m’oriente à petits pas vers la « démarche zéro déchet ». Aidé par le principal acteur du milieu, Zero Waste France, je modifie mes habitudes de consommation et ma façon de réaliser certains gestes simples du quotidien. Contrairement à ce que l’on pourrait candidement penser, bousculer ses petites habitudes bien ancrées n’est pas chose aisée et l’on peut vite retomber dans ses travers tant la facilité l’emporte quand la motivation s’étiole ; je ne suis cependant pas de ceux qui se targuent de grandes valeurs morales et qui s’érigent en donneurs de leçons avant d’exceller dans l’art de la palinodie et agir demain à l’inverse de ce qu’il prônait la veille : j’ai abandonné, progressivement, l’usage de la brosse à dents en plastique (au profit d’une brosse en bambou), mon tube de dentifrice a cédé sa place à un dentifrice solide (qui se garde de longs mois) et mes flacons de gels douche et de shampoing ont cédé leur place au savon d’Alep et à des poudres (rhassoul en tête). Du côté de l’évier, j’ai préféré à mon éponge une brosse en fibres naturelles à tête changeable et j’ai remplacé mon liquide vaisselle par un bon vieux savon de Marseille (lequel est garanti sans méthylisothiazolinone, composant peu sûr). Enfin, pour le reste, je mets les fruits et légumes que j’achète directement dans un tote bag In Wolf We Trust, j’achète mon café en grains (les dosettes sont un désastre écologique), j’ai troqué mes trop nombreuses bouteilles d’eau minérale contre une carafe filtrante et le duo vinaigre blanc/bicarbonate de sodium remplit avec maestria les missions ménagères que je lui confie.

Dans ce petit monde écologique qui paraît idyllique, tout n’est cependant pas parfait, loin s’en faut : j’ai encore quelques progrès à faire dans le tri des déchets ménagers et davantage d’efforts à fournir pour en produire moins (à ce titre, l’essor des magasins qui vendent des denrées alimentaires en vrac peut considérablement contribuer à la réduction des déchets).
Si l’on pourrait succomber à l’oisiveté et laisser tomber notre postérieur indolent dans l’attente que l’effort vienne des autres, il n’en est rien : sans la contribution des individualités, point de salut. Être zero waste, ce n’est pas être réellement à zero, mais c’est tendre à s’en approcher toujours plus ; notre planète, je n’en ai cure, nous pouvons lui faire subir bien des sévices si nous le souhaitons car elle nous survivra, mais c’est un effort auquel nous devrions tous consentir pour nous-mêmes, pour les humains qui nous succèderont et pour toutes les formes de vie avec lesquelles nous cohabitons.

« Un homme est riche en proportion des choses dont il sait se passer. » Henry David Thoreau


Le bobo, l’ennemi à abattre. 4

« La montagne n’est pas une réserve d’indigènes pour bobos parisiens », « Ferme ta gueule. Moi, je parle à tout le monde. Tu n’y connais rien. Tu ne connais que les bobos ! », « Je ne les supporte plus. Cette chaîne de bobos horribles… » (à propos de Canal+).

Il y a quelques jours, la blogueuse Klaire répondait avec maestria aux anathèmes prononcés par nos politiques à l’égard de celui qui est désigné comme l’ennemi à abattre : le bobo.

On connaît la célèbre tirade de Nietzsche : « Le diable est dans les détails ». Derrière ce mot, d’innombrables clichés : le bobo est ce petit gaucho embourgeoisé qui mange bio, qui vote écolo, qui réduit ses déchets, qui se plaît à fréquenter « les galeries d’art, les vieux bistrots ». S’il m’arrive effectivement de « boire de la Manzana glacée en écoutant Manu Chao », j’aimerais cependant m’étendre un peu sur ce sujet :

Pourquoi Diable la France de 2016 est-elle celle où le bobo est ainsi vilipendé ? On n’a jamais entendu une personnalité politique jeter l’opprobre sur celui ou celle qui élève sa progéniture avec la télévision, celui ou celle qui n’a pour seule lecture que « L’Équipe » ou celui ou celle qui consomme sans jamais s’interroger sur l’éthique derrière l’étiquette.
« Divide et impera » disait Machiavel. À répéter le mensonge, on en fait une vérité : le bobo est la source de tous les maux.

On ne saura jamais vraiment pourquoi et celles et ceux qui attisent le rejet n’y répondront pas. Peut-être est-ce cette volonté d’agir de façon responsable qui déplaît tant ? Pour s’attirer les bonnes grâces de cet électorat (hétérogène : on y inclut aussi bien les masses paupérisées que les plus acharnés conservateurs), on insiste sur ses différences : on met en avant son positionnement politique, son mode de vie, sa catégorie socio-professionnelle… Le bobo est un peu le « bougnoule politiquement correct » : c’est un coupable idéal, une discrimination facile et légale qui vise une minorité à laquelle prendra part la majorité tant convoitée. En effet, les politiques ne veulent pas voir les masses s’élever : la médiocrité n’est pas seulement une conséquence de leur incurie, elle en est l’effet délibérément recherché ; l’ignorance rend la plèbe docile et malléable : la haine du bobo n’est pour cette nation vieillie dans l’enfance que le prolongement du rejet de « l’intello ».

Selon les clichés fréquemment véhiculés, on me cataloguerait volontiers bobo : j’ai changé ma façon de me nourrir (et j’achète principalement du bio), je n’ai pas télé (je préfère les livres), je fais mon ménage et ma lessive au vinaigre blanc/savon noir/huiles essentielles (et j’ai même prévu de faire mon propre liquide vaisselle, rendez-vous compte !), mon dentifrice est sans fluor, mon déo sans sels d’aluminium, mon café vient de chez un maître-torréfacteur, j’ai des goûts musicaux éclectiques et, comble d’infortune, je bosse dans l’informatique (comme le dit si bien Renaud).
Si être un consommateur responsable vaut l’avanie (pour moi, ce n’est que l’expression de ce que disait Ludwig von Mises dans « Omnipotent government »), alors j’y consens : « Eh bien ! oui, c’est mon vice. Déplaire est mon plaisir. J’aime qu’on me haïsse. »

Politiquement, je n’échappe pas non plus à la vindicte quasi-générale : je suis libéral. Je me revendique aussi bien des idées de John Stuart Mill que de Benjamin Constant, de Frédéric Bastiat, de Friedrich Hayek ou encore de Ludwig von Mises… Historiquement, force est de constater que je me classe à gauche (les députés libéraux, à l’instar de Frédéric Bastiat, siégeaient jadis à gauche dans l’hémicycle). Seulement, à l’exception du Parti Radical de Gauche qui assume son orientation « sociale-libérale » mais qui n’a que peu de place dans le paysage politique français, la gauche d’aujourd’hui (et la droite) n’ont de cesse de dénoncer à l’envi cet « ultralibéralisme » qui fait tant de mal à la France. Nonobstant l’absence totale d’une quelconque trace de libéralisme dans notre pays, je n’en reste pas moins l’ennemi commun d’une classe politique friande de bouc-émissaires et obnubilée par l’impérieuse nécessité de se maintenir dans l’exercice de leur fonction.

Certes, je pourrais parader avec un t-shirt Johnny Hallyday à la « fête du cochon » du coin, partager une merguez/frites tout en dissertant sur le dernier match de l’OM ou « me poser devant la télé » et voir en le bateleur Hanouna et ses séides une source inépuisable d’alacrité : cela ferait de moi une personne normale et correspondrait davantage au coeur de cible d’une classe politique qui préfère créer un corps homogène autour de principes négatifs de sélection. Comme le disait Friedrich Hayek : « Des gens tombent plus facilement d’accord sur un programme négatif – la haine de l’ennemi, l’envie des plus favorisés – que sur des buts positifs ; c’est presque une loi de la nature humaine. L’élément essentiel de tout crédo politique, capable de sceller solidement l’union d’un groupe, est l’opposition entre ‘nous’ et ‘eux’. »
Je ne peux donc que présenter mes excuses à ces politiques qui auraient sans doute préféré me voir partager leur rancœur et cracher sur ces salauds de bobos : par mon anticonformisme patent et mon refus des normes établies je me suis vu contraint d’épouser des valeurs qui n’auraient pas dû être les miennes, quitte à prendre en défaut le déterminisme social cher à Émile Durkheim. J’en suis vraiment navré.
Détestez-moi, car je suis probablement un bobo.


« Écrire est une souffrance, car l’on est sans cesse confronté à soi. » … Françoise Hardy !


Un nouveau départ. 2

Sun

Je n’avais pas encore pris le temps de revenir sur les derniers mois qui se sont écoulés. Il faut croire que la vie s’amuse, car il est arrivé les mêmes péripéties à ma consœur Mlle Geekette.

 

J’ai quitté la Corrèze après cinq belles années. J’avais fini par l’apprécier, malgré les réticences des premiers temps. Il faut dire que j’y ai posé mes bagages un peu par hasard et un peu par contrainte ; j’ai fini par vivre différemment cette étreinte. Le syndrome de Stockholm appliqué aux mouvements migratoires. La Corrèze, tu l’aimes ou tu la quittes.

Le départ a eu cette saveur douce-amère propre aux sentiments contradictoires. Au matin, j’ai admiré une dernière fois le lever de soleil qui n’avait pas son pareil pour me motiver. Quelques jours auparavant, j’avais dénoncé mon contrat de travail dans la joie, ravi et motivé par l’opportunité de commencer une nouvelle expérience à l’étranger.

Qui aurait pu s’imaginer que le temps se serait si vite écoulé ? J’ai fait le bilan, calmement, en me remémorant chaque instant, ressassant les histoires d’avant comme si j’avais cinquante ans…

Je suis parti sans regarder dans mon rétroviseur. J’ai fait sept heures de route sans jamais ne m’être arrêté, pour ne pas regarder en arrière. J’ai encore cette impression de m’être seulement absenté, comme si j’allais rempiler demain, revoir mes anciens collègues, retrouver cette routine millimétrée qui était la mienne.
Mon pot de départ m’a paru tout aussi irréel. Mes collègues ont organisé une soirée absolument inoubliable, mais je ne parvenais pas à réaliser qu’il s’agissait de mon pot.
J’avais vraiment quitté mon emploi et dit au revoir à mes amis restés en terre présidentielle, mais il était difficile de m’en convaincre.

Lorsque ma voiture s’est arrêtée chez mes parents, j’ai eu l’impression de faire un bond de cinq ans en arrière. J’ai revu le Sébastien de 19 ans, bachelier sans expérience professionnelle, jeune geek un peu paumé arborant fièrement un t-shirt Linux. Dans ma chambre d’ado, rien n’a vraiment changé, sinon les cartons qui jonchent désormais le sol çà et là. L’évolution a parfois le visage de la régression.
Je ne m’inquiète pas. L’indépendance finira par reprendre ses droits.

Je n’ai pas de regrets, seulement de la nostalgie. Ce n’est jamais chose aisée que de dire au revoir à des amis, de mettre de côté cinq ans de sa vie, de prendre un nouveau départ. Ce nouveau départ a mis fin à un chapitre. Je vais m’empresser d’en écrire un second.

Je n’ai jamais voulu dire « adieu »… Probablement parce que je ne crois pas en lui.

« J’ai quitté toutes mes affaires et tous mes amis. […] Tout le monde me paraît si attaché à ses plaisirs, et à des plaisirs qui dépendent entièrement des autres, que je me trouve avoir un don des fées d’être de l’humeur dont je suis. » Mme de La Fayette


Earth Hour : ils n’ont pas la lumière à tous les étages…

Earth Hour

L’événement résonne en moi comme un vaste camouflet. L’art de la supercherie poussée à son paroxysme. Chaque année, les nantis avilissent les pauvres en éteignant pendant presque une heure leurs éclairages. Si la démarche plaît aux bobos et aux bien-pensants qui s’enorgueillissent de « faire un geste pour la planète », elle me laisse pantois quant à l’intérêt et à l’image qu’elle reflète lorsque l’on pense à ceux qui n’ont pas l’occasion de pavaner ainsi avec cette étiquette « écolo » qui, semble-t-il, sied à ravir aux aficionados de ce genre de pratiques.

Il est bien vu, j’en conviens, d’entretenir une conversation animée autour d’une tasse de café Nespresso en plaçant un « J’ai fait le Earth Hour hier… Ouais, c’est bien de montrer l’importance capitale que revêt l’énergie dans le monde d’aujourd’hui », toutefois je continue à m’interroger sur la pertinence d’un tel acte lorsque l’instant d’après, la vie reprend son cours. L’écologiste en herbe rechargera son iPhone, flânera sur Facebook avec son bel ordinateur portable, et passera un coup de rasoir (électrique, bien entendu) sur sa frimousse avant de filer au bureau pour une longue journée harassante. Une fois encore, l’hypocrisie triomphe.

Ah ! que la plèbe du tiers-monde serait heureuse si elle voyait cet élan de bienséance ! Elle n’a cependant pas notre niveau de confort et n’a cure de cette indécence. Les indigents n’ont souvent ni radio, ni téléviseur, ni accès à Internet. Notre vaste geste pour Gaïa n’aura donc que peu d’écho chez eux…

L’apparat de l’événement mondial paraît certes plus gratifiant, mais ne devrions-nous pas profiter de l’énergie tout en étant responsable, pour le bien de nos finances personnelles et pour le bien commun ? Le fait de se plonger dans le noir me donne envie, comme dirait Voltaire, « de marcher à quatre pattes ». Demain, irons-nous cracher sur la tombe de Thomas Edison ? L’indécence est telle que le site officiel affiche fièrement « Entraînez-vous à éteindre la lumière » en nous demandant de nous munir… de notre smartphone. (qui, comme un chacun sait, se recharge à l’aide d’une dynamo manuelle)

Earth hour

Gaïa nous en sera reconnaissante. Nous aurons hypocritement vécu une heure sans lumière. À l’issue, nous reprendrons notre voiture pour le moindre déplacement, on s’endormira devant notre téléviseur, on mettra le chauffage à plein régime… Mais ce n’est pas grave, on aura fait le « Earth Hour ». Le réchauffement climatique, quel fléau ! Heureusement pour nous pauvres pécheurs, la Corée du Nord excelle dans le Earth Hour.

« Les masques à la longue collent à la peau. L’hypocrisie finit par être de bonne foi. » Edmond et Jules de Goncourt


Restreindre nos libertés pour notre sécurité ?

Pickpocket

Consternant. Voilà le mot qui me vient à l’esprit lorsque j’assiste à ces démonstrations d’impuissance de la part des représentants de la loi. J’en veux pour preuve la Hongrie qui met en scène le climat délétère et pestilentiel qui flotte aussi dans nos contrées. Face à l’impossibilité d’assurer la sécurité de chacun, la responsabilité des atteintes aux personnes et aux biens est rejetée sur les victimes elles-mêmes. C’est ainsi que la police hongroise sensibilise contre le viol. « Tu y es pour quelque chose, tu peux faire quelque chose pour éviter cela. » osent-ils dire.

Ces petites phrases, on les entend partout : « Y aurait pas de viols si les femmes n’étaient pas aussi aguicheuses », « Quelle idée de se trimbaler avec un téléphone à 700€ », « Il s’est fait cambrioler, y avait du liquide, faut pas laisser ça chez soi », « Il ne faut pas tenter les pickpockets ».
Toute femme devrait pouvoir porter la tenue qu’elle désire sans craindre d’être violée, toute personne devrait pouvoir profiter d’un objet dispendieux sans craindre d’être dépouillée, tout usager devrait pouvoir voyager sans craindre de se faire faire les poches. L’État se croit légitime pour diffuser des émissions de télévision, sensibiliser nos têtes blondes à l’exposition aux images choquantes, nous exhorter à pratiquer une activité physique, ne pas grignoter entre les repas, et manger cinq fruits et légumes par jour. Il nous déresponsabilise et oublie au passage l’une de ses fonctions régaliennes : notre sécurité.

Cette mission paraît si biaisée qu’elle s’exerce par l’utilisation de forces législatives liberticides, notamment concernant Internet, « zone de non-droit » (le terme plaît tant…) sur laquelle il fait planer l’ombre du terrorisme et de l’auto-radicalisation religieuse. Mais qu’en est-il de « la vie de tous les jours » ? On invite les femmes s’habiller d’une certaine manière (comme si l’homme était un animal incontrôlable succombant à toutes ses pulsions…), à ne pas exhiber d’objets de valeur… En extrapolant à outrance, on imagine un monde dans lequel les violences conjugales seraient le corollaire d’une exaspération légitime et pour lesquelles on conseillerait poétiquement : « Mesdames, restez courtoises pour ne pas passer à la toise ».
Nous enjoindre à restreindre nos libertés pour assurer notre sécurité, c’est donner raison aux scélérats.

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin


Foire du Livre de Brive, troisième journée.

Foire du Livre

Tempus fugit. Ma matinée se résume ainsi, à une poignée de minutes (20, pour être exact) pour me doucher, m’habiller, sauter dans ma voiture et rejoindre la gare de Tulle. J’y suis parvenu et tout s’est joué à une minute près. Arrivé à Brive, j’y découvre une ville endormie, sans bruit. C’était comme si elle avait été soudain dépossédée de ses habitants : curieux phénomène, dans une cité de 70000 âmes, de s’arrêter en pleine rue et de ne rien entendre.
Au carrefour de la rue Toulzac, la vie reprend son cours et la noria de badauds se fait plus forte encore qu’hier. Ça se croise, ça discute, ça pronostique : « On va attendre deux heures ! ».
Je rejoins la queue et plonge dans mon smartphone (j’ai beau avoir des opinions de vieux, je reste tout de même jeune). Avec un protocole de sécurité quelque peu assoupli, il ne faudra que 30 minutes avant de mettre les pieds dans la halle Brassens.

En dilettante, je me fraie un chemin parmi tous ces affamés (de mots, vous l’aurez compris), j’observe, je constate : Carolis, Joffrin, Benguigui… Aujourd’hui encore, il y a des têtes connues. Je reviens sur mes pas et m’en vais saluer Bruno Fuligni (que j’ai rencontré hier comme vous le savez). Il est peu connu en dehors du petit cercle d’initiés, dommage pour lui et tant mieux pour moi ; il est ainsi plus facile de discuter, personne n’attend derrière. Il m’a ainsi fait part de quelques petits détails amusants sur l’émission dans laquelle il anime une chronique. Homme simple d’une grande culture, j’ai beaucoup apprécié cette rencontre.

Puis, pour ne pas changer, je retourne une derrière fois saluer Ingrid Desjours (et faire un selfie) tout en récupérant « Sa vie dans les yeux d’une poupée ». Si j’ai « tout pour plaire » comme elle le dit sur sa page Facebook (en référence au titre de son dernier roman), je me suis demandé ce qu’elle aurait écrit si je n’avais acheté que son roman « Potens »Sébastien aussi est un gibier de Potens ? C’eût été drôle !

Midi, je décide de m’en aller (l’essentiel est fait). Brive dort encore, seuls quelques chalands motivés sont sur les terrasses des rares cafés ouverts en ce dimanche. À la gare, j’effeuille les premières pages de « Sa vie dans les yeux d’une poupée ». J’y trouve une citation de Paul Éluard qui clôt de la plus belle manière qui soit cette troisième et dernière chronique (celles et ceux qui l’ont suivie comprendront pourquoi) :
« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous »


Foire du Livre de Brive, deuxième journée.

Foire du Livre

On trouve toujours plus matinal que soi. Alors que j’arrive (d’un pas pressé, comme à mon habitude) non loin de la place du 14 Juillet, quittant la rue Toulzac et sa myriade de boutiques, j’aperçois au loin une nuée de badauds de tous âges. Longeant cette file d’une longueur non conventionnelle, je réalise en voyant les sacs d’un orange tapageur qu’il s’agit de la file d’attente pour cette deuxième journée de Foire du Livre. Jouxtant cette chaîne humaine, le marché nous embaume et fait résonner dans ma tête une célèbre chanson de Georges Brassens : « Au marché de Brive-la-Gaillarde… ♫ »

Par chance (ou par un bienheureux hasard, si vous avez suivi ma première journée), je rejoins une équipe fort bien placée. Hasard, encore. Dieu bénisse mes collègues. J’ai grugé d’innombrables places : vilenie absolue, j’en conviens.

Cette deuxième journée (notez le choix judicieux du vocabulaire, il vous donne à lui seul mon programme de demain) commence par un défi pour le moins rocambolesque : filmer l’animateur vedette d’un jeu télévisé de culture générale en train de saluer une femme qu’il courtisait jadis lorsqu’il était à Juan-les-Pins (dans une discothèque ayant eu pour disc-jockey un dénommé Thierry Ardisson). Mission rapidement accomplie.

Non loin se trouve le stand d’Ingrid Desjours, dont je vous ai parlé hier. C’est avec grand plaisir que je retourne la saluer et lui livrer mes impressions (et mes quelques questions, je suis d’une curiosité maladive…) sur le début de ma lecture de « Tout pour plaire ». Les sujets sont variés : informatique, musique (et notamment Damien Saez, apprécié tant par l’auteur que par le blogueur), société…
Arrive un échange édifiant sur le processus créatif, les doutes et les insatisfactions de l’écrivain sur son propre travail. Aborder ce point me donne l’occasion de vous avouer que certains billets de ce blog sont le fruit d’écritures et de réécritures qui me demandent parfois plus de trois heures (ce qui paraît disproportionné au regard de la taille, je vous l’accorde). Tant de temps pour des billets tels que Page blanche, Éloge de l’automne ou Palabre de ma misanthropie, tant de satisfaction, tant de peur. Satisfaction d’être parvenu à un résultat qui me convient (si rare que je me dois de le souligner), peur de ne pas pouvoir faire mieux. Au point de laisser certains billets à l’état de brouillon voire de supprimer certains d’entre eux car leur relecture s’apparente parfois au viol de ma propre intimité.
Un jour j’apprendrai à lâcher mes créations comme on laisse grandir ses enfants avec leurs qualités et leurs défauts, un jour j’apprendrai à réfréner cette quête absurde de quasi-perfection. Un jour…

J’arpente à nouveau la halle de long en large, attendant 15:00 pour apercevoir enfin M. Fuligni (dont j’ai parlé dans mon billet de la veille). Au hasard d’une très légère bousculade (la Foire est une noria inextinguible de lecteurs avides…), je rencontre un autre historien, le respectueux Gonzague Saint Bris, qui me reconnait et me salue… L’union des gauchers ! Au partir, je remarque son sac, orné de fleurs de lys argentées, ce qui me laisse une question et une seule : légitimiste ou orléaniste ?

Quinze heures parait si loin que je me résous à faire la queue pour la fidèle parmi les fidèles à cette foire du livre : Amélie Nothomb. Au vu des aficionados qui faisaient le pied de grue, pas de grandes discussions, un simple autographe sur une « Pétronille » qui m’aura agréablement amusé durant un Paris-Brive pour le moins morose et me voilà reparti. L’œil vif, je distingue la collègue de la première journée à ce stand que j’ai quitté il y a très peu de temps. J’y retourne donc une seconde fois. Un vrai pot de colle.

Quinze heures bientôt et toujours pas de Bruno Fuligni. L’aménité d’un autre auteur du même stand l’amène à préciser à la délicate demoiselle qui me dit « Nous sommes dans l’expectative » qu’il a aperçu M. Fuligni et qu’il sera là d’ici cinq ou dix minutes. En effet, il est rapidement arrivé, tel qu’on peut le voir sur LCP.
Cette rencontre m’a permis d’avoir une petite discussion sur Armand Fallières (dont il a parlé jeudi dernier dans l’émission Politique Matin, les lecteurs assidus savent que j’apprécie tout particulièrement cette émission) et de lui dire tout le bien que je pense que sa tribune (lui même surpris de son succès). Évidemment, je n’ai pu résister au plaisir de tweeter la photo souvenir.

Il y a les dédicaces, le bonheur simple d’une signature au bas d’une page, et il y a le reste : les mots, les non-dits, les regards ; des échanges qui complètent la richesse que nous apportent leurs œuvres et qui nous amènent, chacun à notre manière, à nous connaître davantage.

« Il y a toujours, dans un livre, […], une phrase qui bondit au visage du lecteur comme si elle n’attendait que lui. » Christian Bobin


Foire du Livre de Brive, première journée. 1

Foire du Livre

Calme, bourdonnement, puis tohu-bohu. Rien ne change jamais à la Foire du Livre de Brive, pas même le temps, toujours grisonnant en ce mois de Brumaire. Une grisaille nonchalante, fraîche et humide, complice toute trouvée d’une foire qui préfère vous voir au cœur de la Halle Georges Brassens plutôt qu’à la terrasse d’un café. « Noir comme le diable, chaud comme l’enfer, pur comme un ange, doux comme l’amour… » disait Talleyrand. Oubliez-le, votre boisson sera littéraire.

Rien ne change jamais, donc, pas plus que mes petites manies, celles qui me font aller et venir inlassablement à la recherche d’auteurs, de livres à dévorer, de nourriture intellectuelle, de discussions passionnées… J’use mes chaussures à force de fureter çà et là, de pencher la tête dans tous les sens — en l’air ou sur mon smartphone, esclave des temps modernes… —, et de me laisser aller au plus masculin des vices. Ah, les vendeuses…

J’attendais avec grande impatience M. Bruno Fuligni, éminent historien que je connais en raison de mon assiduité à La Chaîne Parlementaire. Il ne viendra malheureusement pas. Ma motivation restera donc intacte pour la journée de demain, journée qui devrait être fort mouvementée pour diverses raisons que vous découvrirez le moment venu. En attendant, je me suis porté acquéreur de l’ouvrage « Dans les archives inédites des services secrets ».

Guère plus loin, je tombe sur les œuvres de Vladimir Fedorovski (qui ne sera pas présent à cette foire). On ne me changera pas, le féru de politique que je suis a délié sa bourse pour « Poutine : l’itinéraire secret » puis je suis reparti pour d’innombrables allers et retours…

À force de traîner mes guêtres le nez à moitié absorbé par mon smartphone et les SMS drolatiques échangés avec mon plus fidèle acolyte, j’ai frôlé de peu la bousculade avec une personne qui n’est autre qu’une collègue de travail. « Souvent la vie s’amuse » dirait Katherine Pancol. C’est ainsi que je me retrouve embarqué au stand de Mazarine Pingeot… absente elle aussi en ce vendredi.
C’est en levant la tête que j’aperçois un nom et un portrait : Ingrid Desjours. Un nom qui ne m’est pas inconnu puisque quelques jours plus tôt, j’avais été intrigué par l’encart du site officiel de la Foire du Livre qui lui est consacré. Hasard. (ma collègue me glissera qu’il n’y a pas de hasard. Jamais. Et c’est probablement vrai…)

Summum de la subtilité, je glisse un « Elle est jolie » avant de constater que l’intéressée nous faisait face. Peut-être m’a-t-elle entendu ? Je ne sais pas. Elle est élégante oui, j’ose l’avouer, et d’une délicate affabilité. La curiosité ayant cédé sa place à la rencontre, je suis donc reparti avec son domestic thriller « Tout pour plaire » (j’ai été happé par l’accroche « L’enfer c’est toujours les autres », vous comprenez) après une conversation édifiante sur son passé de psychocriminologue et son parcours d’écrivain. C’est là qu’est la quintessence de la rencontre : on découvre la personne qui se cache derrière les mots (dans le cas présent, avant même de les avoir lus, ce qui est n’est pas dépourvu d’intérêt), et on essaye de comprendre pourquoi, comment. Pourquoi ? Peut-être pour essayer de comprendre pourquoi nous-mêmes écrivons. Je crois que nous ne le savons pas toujours. Expiation, catharsis, création… Il y a probablement autant de raisons que d’auteurs.

Le temps s’est écoulé à une allure folle. Je me suis retrouvé en gare de Brive sans vraiment m’en rendre compte. Durant l’attente, on m’apprend que mon train a été supprimé en raison d’un passager malade. Hasard. Une heure pour commencer à parcourir le livre d’Ingrid Desjours.
Je découvre alors la dédicace (mon livre a été dédicacé, élément éclipsé par mon esprit). Un sourire se dessine sur mon visage. Je me souviens bien lui avoir dit qu’il m’arrivait d’écrire (notamment ici) mais je ne sais plus pourquoi, ai-je donc prêté si peu d’attention à mes mots ? Cela me surprend, mais prouve que je ne m’écoute pas parler.
Mes œuvres… Toutes dans les confins de mon esprit ou à l’état embryonnaire égarées sur mes disques durs. Pour l’instant.

Revenons au livre. J’y trouve la présence d’un « ingénieur en informatique » et le mot « Linux ». Mon activité professionnelle se confronte à ma passion. Hasard.
Je relis certains passages trois, quatre fois peut-être. Des passages qui m’intriguent, qui attisent ma curiosité. Je me remémore Virginia Woolf :

« Tous les secrets de l’âme d’un auteur, toutes ses expériences, toutes les qualités de son esprit sont gravés dans son oeuvre. »

Nous arrivons en gare de Tulle. La voix m’ordonne implicitement de ranger mon livre. Je m’engouffre dans la nuit, puis dans ma voiture. Plus haut, une dépanneuse fait son travail, ce qui bloque à moitié la route. Ça tombe bien, je voulais profiter un peu de la musique. Hasard, encore.
Miles Davis, Blue in green. Je retombe dans l’éloge de l’automne.« Aux alentours, tout est endormi, il n’y a rien, juste le silence, sinon le bruit d’un vent mortifère qui effeuille sans relâche les aulnes rouillés sur les bords de routes désertées en proie aux complaintes de la pluie. » écrivai-je il y a un an. Non, rien ne change jamais. Tomorrow is another day.

« Mêmes les rencontres de hasard sont dues à des liens noués dans des vies antérieures… tout est déterminé par le karma. Même pour des choses insignifiantes, le hasard n’existe pas. » Harumi Murakami


Comment le pr0n se méritait jadis. 1

Playboy

« Vas-y toi tu fais plus vieux ! » « Ouais mais nan, on avait dit que cette fois c’était toi. » « Et si i’ veut pas on fait quoi ? ». On se remémore, sourire en coin, les ruses — qui nous paraissaient finaudes — que nous élaborions dans les frimas vespéraux des jours de fin d’année, avant d’entrer dans nos bus respectifs pour rejoindre le domicile familial.
L’heure était grave et nos regards de jouvenceaux traduisaient l’anxiété qui nous rongeait. Courageux mais pas téméraires, le pauvre camarade qui avait alors la pilosité faciale la plus développée se retrouvait désigné par une décision collégiale quelque peu dénuée d’impartialité.
À l’instant où celui-ci passait la porte du marchand de journaux, le temps se détraquait pour ceux de l’arrière-poste : des secondes aux allures de minutes, des minutes aux allures d’heures. Parfois, il suspendait son cours, et le silence était tel qu’on put alors entendre un ciron marcher. Les yeux, quant à eux, étaient volubiles ; les regards s’échangeaient, les réactions se faisaient à brûle-pourpoint : « Il s’est fait gauler, on veut pas lui vendre », « Il gère, il va le ramener », « V’nez on s’barre, on va tous prendre ».
Et quand la porte s’ouvrait, le suspense était toujours à son comble. Le sésame floqué d’un célèbre lapin soigneusement enroulé et tenu d’une poigne de fer, transformait instantanément nos inquiétudes en rires bruyants. Il était là, à nous et à nous seuls, le précieux magazine : le symbole d’une jeunesse qui s’émancipe, le Graal d’une myriade d’hormones en furie. Une centaine de pages de femmes callipyges court-vêtues… pour ne pas dire dévêtues.

Dès lors, d’âpres pourparlers commençaient, dignes de la galerie des Glaces en 1919. Bien entendu, le « vainqueur » réclamait la garde exclusive du butin pour ce premier jour. Les plus habiles négociaient une photo pleine page, s’en suivait alors des jugements de valeur sur la qualité physique, critère déterminant s’il en est !
Lorsque tout le monde avait obtenu ce qu’il désirait (certains avec un peu plus de chance que d’autres), les chemins se séparaient, les sacs à dos chargés de ces précieux objets de convoitise.

L’ordinateur et la démocratisation de l’accès à Internet chamboula une première fois les règles. Toute une génération de parents outragés par la découverte stupéfiante d’un film explicite sur la reproduction humaine nous maudit encore, nous les habiles manipulateurs de noms de fichiers. Combien d’œuvres cinématographiques d’une célèbre Clara M. ont été renommées « Harry.Potter.À.L’école.des.sorciers.XvidbyTrucMuche.avi » à l’heure où eMule faisait le bonheur des foyers ! L’attente, interminable, et la crainte que les parents parfois un peu trop curieux ne cliquent sur « Prévisualiser ». C’est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…
Là encore, les CD s’échangeaient « sous le manteau », et nous vivions à notre façon une époque qui, à s’y méprendre, avait des airs de Prohibition. Les photos, les CD, tout devait être caché de la manière la plus efficace qui soit, et chacun avait son modus operandi : boîtes de jeux vidéo, dans des magazines « lambdas », etc.

J’ai donc un peu de peine pour la jeunesse actuelle, qui ne bravera jamais l’interdit tel que nous le bravions car il est aujourd’hui à portée de clic et il s’offre instantanément, sans nécessité de ruse… La magie du streaming ! La rareté d’hier est l’abondance d’aujourd’hui, mais cette abondance est insipide, pauvre, dénuée de cet aspect de « mérite » qui fait de nos bêtises passées des souvenirs riches en anecdotes.
L’onanisme pubère de nos éphèbes n’aura jamais cette aura de gloire qui rayonnait jadis ! « Parce que nous, nos films de cul, on les méritait ! »


Du nu, du Cloud et de la liberté. 2

« Ces petites péronnelles n’avaient qu’à s’abstenir de se prendre en photo ! » À grand renfort d’experts (dont la légitimité me laisse dubitatif), les quotidiens du monde s’interrogent sur la responsabilité de ces stars dont les photos stockées sur le service iCloud ont été volées et diffusées.

Dans cette multitude d’avis éclairés, j’ai choisi Le Figaro, qui a mis à l’honneur M. Serge Tisseron, psychanalyste, qui se targue d’un « tant pis pour elles » et d’une argumentation aussi fallacieuse que caduque.

Dans ses propos liminaires, le sieur énonce son apophtegme, clé de voûte de son analyse biaisée : « Si les stars ne veulent pas éventer leur vie privées, elles ne devraient pas mettre leurs photos sur le Web. »
Précisons (ce détail lui a vraisemblablement échappé) que les photos n’ont pas été mises sur le Web mais sur un service de stockage dont le contenu n’a rien de public. L’analogie qui me vient à l’esprit est celle de la banque : nous y plaçons notre argent et y avons accès depuis n’importe quel endroit. Il en va de même avec un service tel qu’iCloud. Doit-on s’abstenir de placer des objets de valeur dans le coffre d’une banque ?

Non content d’écrire pareilles inepties, il propose d’« apprendre à tous les langages de programmation. Comme cela, chacun pourrait crypter ses photos et les rendre inaccessibles. » Nous atteignons précisément le point où nous sommes en droit de nous interroger sur la pertinence d’un psychanalyste pour disserter d’un tel sujet. Non, M. Tisseron, ce n’est pas aussi simple que ça. (les plus pointilleux me feront remarquer l’usage galvaudé du mot « crypter ». « Chiffrer » est plus approprié.)

En outre, le personnage a une conception pour le moins surprenante de la liberté. Il n’hésite pas à faire preuve d’empathie pour les paparazzis en déclamant : « À partir du moment où je me mets nu devant ma fenêtre et qu’un paparazzi attend avec un objectif pour me prendre en photo, cette personne ne me dégoûte pas. C’est de ma faute. Je n’avais qu’à pas me mettre tout nu devant la fenêtre. »
Si l’on en croit le sophisme de M. Tisseron, le statut de « star » met de facto fin au droit à la vie privée. Une telle argumentation me laisse songeur !

S’il est important de rappeler qu’aucun système informatique n’est invulnérable, nos libertés individuelles doivent demeurer imprescriptibles. Se prendre nu en photo en est une. Ce qui est arrivé à ces célébrités aurait pu arriver à un écrivain qui aurait stocké un manuscrit sur ce même service de Cloud. Il est si facile de jouer avec les peurs (surtout lorsqu’il s’agit d’Internet) que l’on en vient à oublier que l’on peut perdre ou se faire voler un téléphone, un appareil photo… Doit-on donc vivre dans la crainte et s’abstenir de mener la vie que l’on souhaite ? Doit-on dire à une personne cambriolée : « Tu n’avais pas à garder tant d’objets de valeur chez toi » ?
Ces célébrités n’ont aucunement voulu dévoiler leurs photos sur l’espace public et elles ont cru (comme des milliers d’autres personnes) qu’iCloud était une solution pérenne et sécurisée. Doit-on les blâmer ? Certains psychiatres croient bien qu’en maîtrisant des langages de programmation nous parviendrons à chiffrer nos photos…

« Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt. » Confucius