En bref

Les trucs en vrac dont j’ai envie de parler, mais dont tout le monde se fout.


Quand un bobo s’exprime chez Contrepoints.

Non-content d’avoir ma propre tribune (où les prises de paroles sont erratiques, je vous le concède), voilà désormais que je signerai, quand l’envie et l’inspiration se feront sentir, des articles chez Contrepoints. Espace numérique d’expression libérale (où tous les courants ont droit de cité), Contrepoints jouit d’une large audience et en fait un média de premier plan pour cette offre politique.

Voilà maintenant quelque temps que j’espérais pouvoir dégager un peu de temps libre — lequel me manque cruellement — pour m’atteler sérieusement à la rédaction d’un article aussi précis que documenté sur un sujet qui me tenait à cœur.

Désirant dans un premier temps documenter le projet présidentiel de Michel Crépeau (candidat du Mouvement des Radicaux de Gauche) en 1981, j’ai fini par mettre ma première ébauche de côté (qui paraîtra dans un format plus concis ; la version « enrichie » ira quant à elle nourrir Wikipédia) au profit d’une présentation (peu succincte il est vrai) de la pensée féministe vue du côté libéral. Si mon article s’appelait à l’origine « Perspective libérale de la pensée féministe », il fut renommé car le comité de relecture en « L’histoire libérale du féminisme ».

Nonobstant les six pages qui composent ce premier article, il m’aura fallu faire quelques sacrifices afin de satisfaire les exigences de la charte des auteurs : j’aurais, par exemple, bien aimé me pencher sur l’inspiration toute libérale de la prose d’une Virginia Woolf (autrice bisexuelle, féministe, et l’une des premières à aborder, prétendument sous la forme d’une fiction imaginaire, la transexualité), membre du Bloomsbury Group et amie avec un autre membre bien connu des cercles consacrés à l’économie et à la philosophie politique : John Maynard Keynes.

La rédaction de cet article m’aura permis de me (re)plonger dans les écrits de Poullain de La Barre, de Harriet Taylor, de Mill (traduit par Marie-Françoise Cachin, professeure émérite à l’Université Paris VII, laquelle a écrit une postface de grande qualité dans « The subjection of women » et qui m’a été d’une grande aide), de Mary Wollstonecraft, Alexandra Kollontaï, ce qui fut un réel plaisir ; réel plaisir également de voir ce premier article dépasser la centaine de partages sur les réseaux sociaux.

À l’heure où j’écris ces lignes, je vous propose d’ores et déjà de lire mon nouvel article : « Comment refonder l’audiovisuel public ? », lequel ne manquera pas, comme son prédécesseur, de me voir affublé d’adjectifs tels que « socialiste » ou « marxiste ». Il n’est pas chose aisée d’être un bobo !


Vers le zéro déchet. 1

Le Monde titre encore en ce 20 juillet 2017 « Depuis 1950, l’Homme a fabriqué plus de 8,5 milliards de tonnes de plastiques ». Il faut dire que les ravages du consumérisme poussent l’humain à rivaliser d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de repousser les limites de l’absurde, au point de recouvrir certains fruits d’une peau composée de polymères, comme s’il ignorait que Mère Nature l’en avait déjà doté. Le sur-emballage, fléau sur lequel on jette l’anathème depuis trop de temps déjà, ne semble pas décroître ; atteints d’une fragilité insoupçonnée, certains connecteurs d’objets informatiques ont semble-t-il besoin d’un mince film plastique contenu dans un épais film plastique, lui-même contenu dans un solide emballage carton. On pourrait également palabrer longtemps sur des produits alimentaires qui affichent fièrement des « emballages individuels » ou des fruits et légumes bio qui cachent derrière leur réputation de produits sains des océans de plastique (imputable, notons-le, aux excès de normes qui pèsent sur ce secteur et qui impliquent des mesures de non-contamination).

Non-content d’avoir opéré un changement radical de mode de vie, voilà désormais que je m’oriente à petits pas vers la « démarche zéro déchet ». Aidé par le principal acteur du milieu, Zero Waste France, je modifie mes habitudes de consommation et ma façon de réaliser certains gestes simples du quotidien. Contrairement à ce que l’on pourrait candidement penser, bousculer ses petites habitudes bien ancrées n’est pas chose aisée et l’on peut vite retomber dans ses travers tant la facilité l’emporte quand la motivation s’étiole ; je ne suis cependant pas de ceux qui se targuent de grandes valeurs morales et qui s’érigent en donneurs de leçons avant d’exceller dans l’art de la palinodie et agir demain à l’inverse de ce qu’il prônait la veille : j’ai abandonné, progressivement, l’usage de la brosse à dents en plastique (au profit d’une brosse en bambou), mon tube de dentifrice a cédé sa place à un dentifrice solide (qui se garde de longs mois) et mes flacons de gels douche et de shampoing ont cédé leur place au savon d’Alep et à des poudres (rhassoul en tête). Du côté de l’évier, j’ai préféré à mon éponge une brosse en fibres naturelles à tête changeable et j’ai remplacé mon liquide vaisselle par un bon vieux savon de Marseille (lequel est garanti sans méthylisothiazolinone, composant peu sûr). Enfin, pour le reste, je mets les fruits et légumes que j’achète directement dans un tote bag In Wolf We Trust, j’achète mon café en grains (les dosettes sont un désastre écologique), j’ai troqué mes trop nombreuses bouteilles d’eau minérale contre une carafe filtrante et le duo vinaigre blanc/bicarbonate de sodium remplit avec maestria les missions ménagères que je lui confie.

Dans ce petit monde écologique qui paraît idyllique, tout n’est cependant pas parfait, loin s’en faut : j’ai encore quelques progrès à faire dans le tri des déchets ménagers et davantage d’efforts à fournir pour en produire moins (à ce titre, l’essor des magasins qui vendent des denrées alimentaires en vrac peut considérablement contribuer à la réduction des déchets).
Si l’on pourrait succomber à l’oisiveté et laisser tomber notre postérieur indolent dans l’attente que l’effort vienne des autres, il n’en est rien : sans la contribution des individualités, point de salut. Être zero waste, ce n’est pas être réellement à zero, mais c’est tendre à s’en approcher toujours plus ; notre planète, je n’en ai cure, nous pouvons lui faire subir bien des sévices si nous le souhaitons car elle nous survivra, mais c’est un effort auquel nous devrions tous consentir pour nous-mêmes, pour les humains qui nous succèderont et pour toutes les formes de vie avec lesquelles nous cohabitons.

« Un homme est riche en proportion des choses dont il sait se passer. » Henry David Thoreau


Le bobo, l’ennemi à abattre. 4

« La montagne n’est pas une réserve d’indigènes pour bobos parisiens », « Ferme ta gueule. Moi, je parle à tout le monde. Tu n’y connais rien. Tu ne connais que les bobos ! », « Je ne les supporte plus. Cette chaîne de bobos horribles… » (à propos de Canal+).

Il y a quelques jours, la blogueuse Klaire répondait avec maestria aux anathèmes prononcés par nos politiques à l’égard de celui qui est désigné comme l’ennemi à abattre : le bobo.

On connaît la célèbre tirade de Nietzsche : « Le diable est dans les détails ». Derrière ce mot, d’innombrables clichés : le bobo est ce petit gaucho embourgeoisé qui mange bio, qui vote écolo, qui réduit ses déchets, qui se plaît à fréquenter « les galeries d’art, les vieux bistrots ». S’il m’arrive effectivement de « boire de la Manzana glacée en écoutant Manu Chao », j’aimerais cependant m’étendre un peu sur ce sujet :

Pourquoi Diable la France de 2016 est-elle celle où le bobo est ainsi vilipendé ? On n’a jamais entendu une personnalité politique jeter l’opprobre sur celui ou celle qui élève sa progéniture avec la télévision, celui ou celle qui n’a pour seule lecture que « L’Équipe » ou celui ou celle qui consomme sans jamais s’interroger sur l’éthique derrière l’étiquette.
« Divide et impera » disait Machiavel. À répéter le mensonge, on en fait une vérité : le bobo est la source de tous les maux.

On ne saura jamais vraiment pourquoi et celles et ceux qui attisent le rejet n’y répondront pas. Peut-être est-ce cette volonté d’agir de façon responsable qui déplaît tant ? Pour s’attirer les bonnes grâces de cet électorat (hétérogène : on y inclut aussi bien les masses paupérisées que les plus acharnés conservateurs), on insiste sur ses différences : on met en avant son positionnement politique, son mode de vie, sa catégorie socio-professionnelle… Le bobo est un peu le « bougnoule politiquement correct » : c’est un coupable idéal, une discrimination facile et légale qui vise une minorité à laquelle prendra part la majorité tant convoitée. En effet, les politiques ne veulent pas voir les masses s’élever : la médiocrité n’est pas seulement une conséquence de leur incurie, elle en est l’effet délibérément recherché ; l’ignorance rend la plèbe docile et malléable : la haine du bobo n’est pour cette nation vieillie dans l’enfance que le prolongement du rejet de « l’intello ».

Selon les clichés fréquemment véhiculés, on me cataloguerait volontiers bobo : j’ai changé ma façon de me nourrir (et j’achète principalement du bio), je n’ai pas télé (je préfère les livres), je fais mon ménage et ma lessive au vinaigre blanc/savon noir/huiles essentielles (et j’ai même prévu de faire mon propre liquide vaisselle, rendez-vous compte !), mon dentifrice est sans fluor, mon déo sans sels d’aluminium, mon café vient de chez un maître-torréfacteur, j’ai des goûts musicaux éclectiques et, comble d’infortune, je bosse dans l’informatique (comme le dit si bien Renaud).
Si être un consommateur responsable vaut l’avanie (pour moi, ce n’est que l’expression de ce que disait Ludwig von Mises dans « Omnipotent government »), alors j’y consens : « Eh bien ! oui, c’est mon vice. Déplaire est mon plaisir. J’aime qu’on me haïsse. »

Politiquement, je n’échappe pas non plus à la vindicte quasi-générale : je suis libéral. Je me revendique aussi bien des idées de John Stuart Mill que de Benjamin Constant, de Frédéric Bastiat, de Friedrich Hayek ou encore de Ludwig von Mises… Historiquement, force est de constater que je me classe à gauche (les députés libéraux, à l’instar de Frédéric Bastiat, siégeaient jadis à gauche dans l’hémicycle). Seulement, à l’exception du Parti Radical de Gauche qui assume son orientation « sociale-libérale » mais qui n’a que peu de place dans le paysage politique français, la gauche d’aujourd’hui (et la droite) n’ont de cesse de dénoncer à l’envi cet « ultralibéralisme » qui fait tant de mal à la France. Nonobstant l’absence totale d’une quelconque trace de libéralisme dans notre pays, je n’en reste pas moins l’ennemi commun d’une classe politique friande de bouc-émissaires et obnubilée par l’impérieuse nécessité de se maintenir dans l’exercice de leur fonction.

Certes, je pourrais parader avec un t-shirt Johnny Hallyday à la « fête du cochon » du coin, partager une merguez/frites tout en dissertant sur le dernier match de l’OM ou « me poser devant la télé » et voir en le bateleur Hanouna et ses séides une source inépuisable d’alacrité : cela ferait de moi une personne normale et correspondrait davantage au coeur de cible d’une classe politique qui préfère créer un corps homogène autour de principes négatifs de sélection. Comme le disait Friedrich Hayek : « Des gens tombent plus facilement d’accord sur un programme négatif – la haine de l’ennemi, l’envie des plus favorisés – que sur des buts positifs ; c’est presque une loi de la nature humaine. L’élément essentiel de tout crédo politique, capable de sceller solidement l’union d’un groupe, est l’opposition entre ‘nous’ et ‘eux’. »
Je ne peux donc que présenter mes excuses à ces politiques qui auraient sans doute préféré me voir partager leur rancœur et cracher sur ces salauds de bobos : par mon anticonformisme patent et mon refus des normes établies je me suis vu contraint d’épouser des valeurs qui n’auraient pas dû être les miennes, quitte à prendre en défaut le déterminisme social cher à Émile Durkheim. J’en suis vraiment navré.
Détestez-moi, car je suis probablement un bobo.


« Écrire est une souffrance, car l’on est sans cesse confronté à soi. » … Françoise Hardy !


Un nouveau départ. 2

Sun

Je n’avais pas encore pris le temps de revenir sur les derniers mois qui se sont écoulés. Il faut croire que la vie s’amuse, car il est arrivé les mêmes péripéties à ma consœur Mlle Geekette.

 

J’ai quitté la Corrèze après cinq belles années. J’avais fini par l’apprécier, malgré les réticences des premiers temps. Il faut dire que j’y ai posé mes bagages un peu par hasard et un peu par contrainte ; j’ai fini par vivre différemment cette étreinte. Le syndrome de Stockholm appliqué aux mouvements migratoires. La Corrèze, tu l’aimes ou tu la quittes.

Le départ a eu cette saveur douce-amère propre aux sentiments contradictoires. Au matin, j’ai admiré une dernière fois le lever de soleil qui n’avait pas son pareil pour me motiver. Quelques jours auparavant, j’avais dénoncé mon contrat de travail dans la joie, ravi et motivé par l’opportunité de commencer une nouvelle expérience à l’étranger.

Qui aurait pu s’imaginer que le temps se serait si vite écoulé ? J’ai fait le bilan, calmement, en me remémorant chaque instant, ressassant les histoires d’avant comme si j’avais cinquante ans…

Je suis parti sans regarder dans mon rétroviseur. J’ai fait sept heures de route sans jamais ne m’être arrêté, pour ne pas regarder en arrière. J’ai encore cette impression de m’être seulement absenté, comme si j’allais rempiler demain, revoir mes anciens collègues, retrouver cette routine millimétrée qui était la mienne.
Mon pot de départ m’a paru tout aussi irréel. Mes collègues ont organisé une soirée absolument inoubliable, mais je ne parvenais pas à réaliser qu’il s’agissait de mon pot.
J’avais vraiment quitté mon emploi et dit au revoir à mes amis restés en terre présidentielle, mais il était difficile de m’en convaincre.

Lorsque ma voiture s’est arrêtée chez mes parents, j’ai eu l’impression de faire un bond de cinq ans en arrière. J’ai revu le Sébastien de 19 ans, bachelier sans expérience professionnelle, jeune geek un peu paumé arborant fièrement un t-shirt Linux. Dans ma chambre d’ado, rien n’a vraiment changé, sinon les cartons qui jonchent désormais le sol çà et là. L’évolution a parfois le visage de la régression.
Je ne m’inquiète pas. L’indépendance finira par reprendre ses droits.

Je n’ai pas de regrets, seulement de la nostalgie. Ce n’est jamais chose aisée que de dire au revoir à des amis, de mettre de côté cinq ans de sa vie, de prendre un nouveau départ. Ce nouveau départ a mis fin à un chapitre. Je vais m’empresser d’en écrire un second.

Je n’ai jamais voulu dire « adieu »… Probablement parce que je ne crois pas en lui.

« J’ai quitté toutes mes affaires et tous mes amis. […] Tout le monde me paraît si attaché à ses plaisirs, et à des plaisirs qui dépendent entièrement des autres, que je me trouve avoir un don des fées d’être de l’humeur dont je suis. » Mme de La Fayette


Earth Hour : ils n’ont pas la lumière à tous les étages…

Earth Hour

L’événement résonne en moi comme un vaste camouflet. L’art de la supercherie poussée à son paroxysme. Chaque année, les nantis avilissent les pauvres en éteignant pendant presque une heure leurs éclairages. Si la démarche plaît aux bobos et aux bien-pensants qui s’enorgueillissent de « faire un geste pour la planète », elle me laisse pantois quant à l’intérêt et à l’image qu’elle reflète lorsque l’on pense à ceux qui n’ont pas l’occasion de pavaner ainsi avec cette étiquette « écolo » qui, semble-t-il, sied à ravir aux aficionados de ce genre de pratiques.

Il est bien vu, j’en conviens, d’entretenir une conversation animée autour d’une tasse de café Nespresso en plaçant un « J’ai fait le Earth Hour hier… Ouais, c’est bien de montrer l’importance capitale que revêt l’énergie dans le monde d’aujourd’hui », toutefois je continue à m’interroger sur la pertinence d’un tel acte lorsque l’instant d’après, la vie reprend son cours. L’écologiste en herbe rechargera son iPhone, flânera sur Facebook avec son bel ordinateur portable, et passera un coup de rasoir (électrique, bien entendu) sur sa frimousse avant de filer au bureau pour une longue journée harassante. Une fois encore, l’hypocrisie triomphe.

Ah ! que la plèbe du tiers-monde serait heureuse si elle voyait cet élan de bienséance ! Elle n’a cependant pas notre niveau de confort et n’a cure de cette indécence. Les indigents n’ont souvent ni radio, ni téléviseur, ni accès à Internet. Notre vaste geste pour Gaïa n’aura donc que peu d’écho chez eux…

L’apparat de l’événement mondial paraît certes plus gratifiant, mais ne devrions-nous pas profiter de l’énergie tout en étant responsable, pour le bien de nos finances personnelles et pour le bien commun ? Le fait de se plonger dans le noir me donne envie, comme dirait Voltaire, « de marcher à quatre pattes ». Demain, irons-nous cracher sur la tombe de Thomas Edison ? L’indécence est telle que le site officiel affiche fièrement « Entraînez-vous à éteindre la lumière » en nous demandant de nous munir… de notre smartphone. (qui, comme un chacun sait, se recharge à l’aide d’une dynamo manuelle)

Earth hour

Gaïa nous en sera reconnaissante. Nous aurons hypocritement vécu une heure sans lumière. À l’issue, nous reprendrons notre voiture pour le moindre déplacement, on s’endormira devant notre téléviseur, on mettra le chauffage à plein régime… Mais ce n’est pas grave, on aura fait le « Earth Hour ». Le réchauffement climatique, quel fléau ! Heureusement pour nous pauvres pécheurs, la Corée du Nord excelle dans le Earth Hour.

« Les masques à la longue collent à la peau. L’hypocrisie finit par être de bonne foi. » Edmond et Jules de Goncourt


Restreindre nos libertés pour notre sécurité ?

Pickpocket

Consternant. Voilà le mot qui me vient à l’esprit lorsque j’assiste à ces démonstrations d’impuissance de la part des représentants de la loi. J’en veux pour preuve la Hongrie qui met en scène le climat délétère et pestilentiel qui flotte aussi dans nos contrées. Face à l’impossibilité d’assurer la sécurité de chacun, la responsabilité des atteintes aux personnes et aux biens est rejetée sur les victimes elles-mêmes. C’est ainsi que la police hongroise sensibilise contre le viol. « Tu y es pour quelque chose, tu peux faire quelque chose pour éviter cela. » osent-ils dire.

Ces petites phrases, on les entend partout : « Y aurait pas de viols si les femmes n’étaient pas aussi aguicheuses », « Quelle idée de se trimbaler avec un téléphone à 700€ », « Il s’est fait cambrioler, y avait du liquide, faut pas laisser ça chez soi », « Il ne faut pas tenter les pickpockets ».
Toute femme devrait pouvoir porter la tenue qu’elle désire sans craindre d’être violée, toute personne devrait pouvoir profiter d’un objet dispendieux sans craindre d’être dépouillée, tout usager devrait pouvoir voyager sans craindre de se faire faire les poches. L’État se croit légitime pour diffuser des émissions de télévision, sensibiliser nos têtes blondes à l’exposition aux images choquantes, nous exhorter à pratiquer une activité physique, ne pas grignoter entre les repas, et manger cinq fruits et légumes par jour. Il nous déresponsabilise et oublie au passage l’une de ses fonctions régaliennes : notre sécurité.

Cette mission paraît si biaisée qu’elle s’exerce par l’utilisation de forces législatives liberticides, notamment concernant Internet, « zone de non-droit » (le terme plaît tant…) sur laquelle il fait planer l’ombre du terrorisme et de l’auto-radicalisation religieuse. Mais qu’en est-il de « la vie de tous les jours » ? On invite les femmes s’habiller d’une certaine manière (comme si l’homme était un animal incontrôlable succombant à toutes ses pulsions…), à ne pas exhiber d’objets de valeur… En extrapolant à outrance, on imagine un monde dans lequel les violences conjugales seraient le corollaire d’une exaspération légitime et pour lesquelles on conseillerait poétiquement : « Mesdames, restez courtoises pour ne pas passer à la toise ».
Nous enjoindre à restreindre nos libertés pour assurer notre sécurité, c’est donner raison aux scélérats.

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin


Comment le pr0n se méritait jadis. 1

Playboy

« Vas-y toi tu fais plus vieux ! » « Ouais mais nan, on avait dit que cette fois c’était toi. » « Et si i’ veut pas on fait quoi ? ». On se remémore, sourire en coin, les ruses — qui nous paraissaient finaudes — que nous élaborions dans les frimas vespéraux des jours de fin d’année, avant d’entrer dans nos bus respectifs pour rejoindre le domicile familial.
L’heure était grave et nos regards de jouvenceaux traduisaient l’anxiété qui nous rongeait. Courageux mais pas téméraires, le pauvre camarade qui avait alors la pilosité faciale la plus développée se retrouvait désigné par une décision collégiale quelque peu dénuée d’impartialité.
À l’instant où celui-ci passait la porte du marchand de journaux, le temps se détraquait pour ceux de l’arrière-poste : des secondes aux allures de minutes, des minutes aux allures d’heures. Parfois, il suspendait son cours, et le silence était tel qu’on put alors entendre un ciron marcher. Les yeux, quant à eux, étaient volubiles ; les regards s’échangeaient, les réactions se faisaient à brûle-pourpoint : « Il s’est fait gauler, on veut pas lui vendre », « Il gère, il va le ramener », « V’nez on s’barre, on va tous prendre ».
Et quand la porte s’ouvrait, le suspense était toujours à son comble. Le sésame floqué d’un célèbre lapin soigneusement enroulé et tenu d’une poigne de fer, transformait instantanément nos inquiétudes en rires bruyants. Il était là, à nous et à nous seuls, le précieux magazine : le symbole d’une jeunesse qui s’émancipe, le Graal d’une myriade d’hormones en furie. Une centaine de pages de femmes callipyges court-vêtues… pour ne pas dire dévêtues.

Dès lors, d’âpres pourparlers commençaient, dignes de la galerie des Glaces en 1919. Bien entendu, le « vainqueur » réclamait la garde exclusive du butin pour ce premier jour. Les plus habiles négociaient une photo pleine page, s’en suivait alors des jugements de valeur sur la qualité physique, critère déterminant s’il en est !
Lorsque tout le monde avait obtenu ce qu’il désirait (certains avec un peu plus de chance que d’autres), les chemins se séparaient, les sacs à dos chargés de ces précieux objets de convoitise.

L’ordinateur et la démocratisation de l’accès à Internet chamboula une première fois les règles. Toute une génération de parents outragés par la découverte stupéfiante d’un film explicite sur la reproduction humaine nous maudit encore, nous les habiles manipulateurs de noms de fichiers. Combien d’œuvres cinématographiques d’une célèbre Clara M. ont été renommées « Harry.Potter.À.L’école.des.sorciers.XvidbyTrucMuche.avi » à l’heure où eMule faisait le bonheur des foyers ! L’attente, interminable, et la crainte que les parents parfois un peu trop curieux ne cliquent sur « Prévisualiser ». C’est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…
Là encore, les CD s’échangeaient « sous le manteau », et nous vivions à notre façon une époque qui, à s’y méprendre, avait des airs de Prohibition. Les photos, les CD, tout devait être caché de la manière la plus efficace qui soit, et chacun avait son modus operandi : boîtes de jeux vidéo, dans des magazines « lambdas », etc.

J’ai donc un peu de peine pour la jeunesse actuelle, qui ne bravera jamais l’interdit tel que nous le bravions car il est aujourd’hui à portée de clic et il s’offre instantanément, sans nécessité de ruse… La magie du streaming ! La rareté d’hier est l’abondance d’aujourd’hui, mais cette abondance est insipide, pauvre, dénuée de cet aspect de « mérite » qui fait de nos bêtises passées des souvenirs riches en anecdotes.
L’onanisme pubère de nos éphèbes n’aura jamais cette aura de gloire qui rayonnait jadis ! « Parce que nous, nos films de cul, on les méritait ! »