Pourquoi j’ai dit adieu à Amazon.


Un clic. C’est la promesse que l’entreprise nous fait : il s’agit là du seul effort demandé pour recevoir, dès le lendemain (ou le soir même !) pour les « Prime », l’objet de votre choix. C’est simple, intuitif ; vous pouvez acheter à toute heure et en tout lieu, y compris depuis votre smartphone. Acheter n’a jamais été aussi simple : une machinerie sibylline se met en route puis votre paquet arrive, floqué de ce sourire qui part du A pour aller jusqu’au Z.

Pendant presque dix ans, j’ai été ce consommateur conquis qui furetait les étals virtuels d’Amazon, sûr que l’entreprise répondrait à mes besoins ; j’ai été le consommateur apologétique de cette firme qui me faisait succomber à des achats compulsifs grâce à son ingénieux achat en un clic ; j’ai été le chantre d’une société qui aujourd’hui domine le marché.

Le virage de l’écologie et du zéro déchet m’a fait entrevoir un monde différent : un monde où l’on saurait se contenter de moins, où l’on consommerait modérément et où chaque acte d’achat impliquerait le raisonnement suivant : ai-je vraiment besoin de cet objet ? n’ai-je pas déjà un objet similaire ou qui possède les mêmes fonctions ? ce produit va-t-il me rendre heureux ? C’est la substantifique moelle du minimalisme.

Vivre heureux. C’est la promesse d’Amazon, la même promesse que toute entreprise vendant des biens de consommation nous fait : ce que nous leur achèterons fera notre bonheur. Alors on achète, on précommande, on se jette sur les soldes, les Black Friday, les Prime Days ; on accumule profusion de biens dont l’utilité est toute relative, révélant la primauté de l’ostentation. Ainsi, il est aisé de trouver des vidéos de mines enjouées racontant leur frénésie consumériste.

« On jouit seul, mais la consommation, elle, n’est jamais solitaire, c’est un système de communication, elle implique toujours le regard et l’évaluation des autres. Elles brassent des standards et des représentations collectives. » Jean Baudrillard – La société de consommation

Amazon, en quelques années, a fait de Jeff Bezos l’homme le plus riche de la planète. L’entreprise a phagocyté la concurrence, parvenant rapidement à imposer son modèle, pesant désormais de tout son poids sur le commerce mondial. Alors que nombreuses sont les personnes qui s’imaginent que la vente en ligne est à l’origine de cette opulence, il n’en est rien : la moitié de l’Internet mondial est cliente d’Amazon à travers Amazon Web Services (Netflix, Kellogg’s, General Electric, Ubisoft, Pinterest…) et cela contribue considérablement aux bénéfices du groupe (2,5 milliards de $). Fort de cette hégémonie, la firme n’hésite pas à faire pression sur les villes : à Seattle, elle a fait annuler une taxe en faveur des sans-abri. Dans ses entrepôts, elle est d’une poigne de fer avec ses salarié·e·s : de « En Amazonie » de Jean-Baptiste Malet jusqu’aux témoignages anonymes, les « petites mains » d’Amazon s’accordent à dire que le groupe de M. Bezos est sans pitié : seule compte la performance, source de rentabilité.

Ainsi, durant les derniers Prime Days, les salarié·e·s d’Amazon furent en grève pour protester contre les conditions de travail déplorables et leur rémunération famélique. Arguant que les trop faibles rémunérations versées par Amazon (mais aussi Disney, Walmart et d’autres groupes à la santé financière insolente) conduisent les employé·e·s à avoir recours à l’assistance publique pour pouvoir subvenir à leurs besoins revient in fine à subventionner les bas salaires, le sénateur du Vermont Bernie Sanders a vertement critiqué ces politiques salariales à maintes reprises et enjoint les consommatrices et les consommateurs à ne rien acheter durant les Prime Days afin de soutenir les grévistes.

Acheter chez Amazon légitime ces pratiques iniques et renforce son emprise sur la politique et l’économie : sa position dominante s’accentue d’année en année (et la concurrence en pâtit : de la librairie de quartier jusqu’aux entreprises du jouet) et s’accompagne d’une lecture attentive et acribique de nos attentes teintées d’oisiveté ; 1-Click, Kindle, Dash, Prime Video, Alexa, Key… Amazon veut être chez nous en permanence. Si le relatif confort des services Amazon peut contenter tout un chacun, l’accoutumance est en train de nuire massivement : elle nuit à la pluralité des acteurs du marché, elle nuit aux salarié·e·s, et, en conséquence, finira par nous nuire.

Si, dans mes propos liminaires, je me lamentais – entre une évocation de Veblen et une citation de Baudrillard — des agapes amazoniennes, on peut également y trouver des critiques constructives. Cela m’amène à la conclusion de ce billet : la fermeture définitive de mon compte Amazon. Si, à l’instar de Facebook/Instagram, on peut s’attendre à pouvoir procéder aisément à la fermeture dudit compte, il n’en est rien : Amazon vous oblige à les contacter ; la démarche n’est d’ailleurs pas aisée, complexifiée par les dédales d’un site immense ponctué d’hyperliens (aide).

Pour vos livres, privilégiez les librairies (des passionné·e·s vous y attendent), achetez d’occasion (via la chasse aux livres), fréquentez les bibliothèques, demandez-vous toujours si vous avez besoin de ce que vous comptez acheter et surtout : agissez éthiquement, dites adieu à Amazon.

« Il leur faut regarder le clip vidéo eu message très clair : s’ils souhaitent un emploi, Amazon peut leur en offrir un ; à eux ensuite de se soumettre à toutes les exigences de l’entreprise et de s’épuiser au travail. » Jean-Baptiste Malet

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