La vie sans Google (ou presque).


Il y a une semaine, je vous contais les raisons pour lesquelles j’ai supprimé mon compte Facebook. Si le conditionnement pavlovien qui consistait à ouvrir les applications du géant de Menlo Park et à « scroller » frénétiquement a désormais disparu (ce qui représente un sérieux gain de temps — et de « temps de cerveau disponible »), cela n’en fait pas la panacée pour quiconque se préoccupe de l’usage de ses données personnelles, prodigalement disséminée ça et là sur les Internets.

En la matière, Google est probablement l’entreprise dont nous devrions nous méfier à bien des égards. Pour toute personne possédant un smartphone Android (les cieux d’iOS ne sont pas plus cléments, détrompez-vous : Apple n’a pas son pareil pour vous enfermer dans une « prison dorée »), Google est l’interlocuteur privilégié, voire le seul : il est le visage d’un « jacobinisme 2.0 », un monstre froid et centralisateur qui nous rend la vie plus pratique ; nous lui posons toutes nos questions, nous lui confions nos correspondances, nos contacts, nos photos et les événements que nous ne voulons pas manquer. Pour les plus prudent·e·s, Google peut localiser notre précieux terminal et nos mots de passe. Nous nous sommes en toute conscience jeté·e·s dans les bras d’un Big Brother dont l’hégémonie devrait pourtant nous alerter.

Google sait tout de nous. Il se souvient aussi bien des des lieux où vous êtes allé·e·s que de vos recherches audio (Google Assistant), qu’il vous propose aimablement de réécouter (ce qui permet de constater qu’il s’est parfois mis en route au point d’enregistrer des conversations entières). Abordons enfin les « paramètres des annonces », qui ne sont autres qu’un instantané de votre personnalité : à titre personnel, Google me voit comme un homme de 25 à 34 ans (ce qui est correct) intéressé par des « centres d’intérêts féminins » (serait-ce mon attrait pour la philosophie féministe ? – on appréciera ce sexisme à sa juste valeur) et « déménagement et installation » (j’ai effectivement déménagé récemment). Tout ceci sert à vous proposer de la publicité ciblée ; votre personnalité est donc épiée pour être revendue à des régies publicitaires. Quand c’est gratuit, c’est vous le produit.

J’ai été un utilisateur assidu et enthousiaste des produits « G ». Toute ma vie pouvait se résumer à une poignée d’applications estampillés Mountain View. Sans même y penser, j’ai stocké mes conversations sur leurs serveurs (via Gmail) et la totalité de mes contacts. Comme le résume parfaitement le billet de blog « Et puis merde à la vie privée », j’ai envoyé à Google des données privées (noms, prénoms, adresses, e-mails, numéros de téléphone…) qui ne m’appartiennent pas. Nous le faisons tou·s·tes, ou presque. Mes erreurs ne sont hélas pas isolées.

Deux options s’offraient alors à moi : continuer à utiliser les services Google en échange de mon intimité et de celles des personnes avec lesquelles j’interagis ou reprendre le contrôle en hébergeant mes données moi-même (ou, à défaut, en accordant ma confiance à des entreprises qui en sont dignes) et en luttant à l’envi contre les oligopoles numériques. J’ai décidé d’agir en faveur d’un Internet libre, neutre et décentralisé. #NetNeutrality

J’ai commencé (il y a quelque temps déjà) par me passer de Google Chrome (au profit d’Opera et Mozilla Firefox). De 2008 à 2010, les parts de marché de ce navigateur étaient insignifiantes (moins de 5 %) : c’était l’époque où Mozilla Firefox dérangeait la position dominante d’Internet Explorer ; Google représente désormais près de 60 % des parts de marché. En quelques années, Google a réussi à régner sur un marché qui semblait pourtant bien noyauté autour de quelques acteurs (et Mozilla, une fondation à but non lucratif, avait réussi à faire trembler Microsoft) : le géant possède désormais, sur des millions d’ordinateurs et de périphériques mobiles, une oreille attentive.

En ce qui concerne les e-mails, j’ai longtemps été un aficionado de Gmail. Il faut dire qu’il s’agit d’une solution attrayante : ce service est un peu la clé de voûte de l’écosystème Google. Les e-mails sont scrupuleusement scannés et, outre le fait de vous servir sur un plateau de la publicité ciblée, ils servent à nourrir les autres produits de la firme : tracking de colis, ajouts d’événements dans votre agenda, les possibilités sont pléthoriques et les utilisat·eur·rice·s apprécient, pour la plupart, d’avoir un assistant virtuel aussi attentionné. Cependant, Google a admis dans une affaire judiciaire concernant Gmail « qu’une personne n’a aucune attente légitime en matière de vie privée [à avoir] dans les données qu’elle confie volontairement à des tiers ».

Mon choix s’est donc porté sur ProtonMail. Créé au CERN en 2013 et abrité sous mille mètres de roches suisses, ce service se distingue par sa politique de confidentialité catonienne et l’utilisation du chiffrement. Son offre gratuite pourra paraître frugale (500MB), mais cela m’a donné l’opportunité de faire un tri colossal dans mes e-mails (l’accumulation d’e-mails est, soit dit en passant, une aberration écologique). Si le service est encore quelque peu limité (sans adresse ProtonMail, un expéditeur en possession de votre clé publique ne peut pour l’instant vous adresser des e-mails chiffrés qu’au format inline OpenPGP), l’équipe travaille d’arrache-pied.

La problématique s’est complexifiée au sujet de Google Drive/Google Contacts/Google Agenda. Ces trois produits sont très probablement les plus plébiscitées : après de nombreuses recherches, j’ai décidé de mettre à contribution l’hébergement qui abrite ce blog pour stocker à la fois mes données personnelles et les données de mes contacts ; ownCloud fut la solution la plus adaptée à cette fin. Sur mon OnePlus (sous OxygenOS), j’ai scrupuleusement désactivé les applications citées supra et installé F-Droid pour récupérer DAVDroid, lequel a servi à synchroniser mes contacts (fraîchement exportés) avec mon application mobile de gestion des contacts. Quant à Google Drive, ce dernier a été écarté : l’application mobile OwnCloud (et l’interface web) sont à même de mettre à disposition mes données.

Enfin, il m’a fallu remplacer le moteur de recherche le plus utilisé de l’Internet : Google itself. J’ai choisi DuckDuckGo pour le respect de la vie privée et la possibilité d’utiliser des bangs, permettant d’effectuer la recherche par un autre moteur (avouons que Google reste parfois indispensable pour des requêtes complexes).

En conclusion, force est de constater qu’une vie numérique sans Google peut paraître semée d’embûches tant l’entreprise a réussi à devenir une part (considérable) de notre quotidien ; mais le « Don’t be evil » des débuts n’est plus qu’un souvenir évanoui : c’est d’ailleurs le sens de la dernière lettre du géniteur du Web, Tim Berners-Lee, enjoignant les internautes à défendre un Web libre ; nos vies numériques sont aujourd’hui aux mains d’un « trinet » (Google, Facebook, Amazon) et cet oligopole pourrait, à terme, faire vaciller l’Internet tel que nous le connaissons. Il convient de bousculer nos habitudes, de quitter notre petit confort et de rendre à Internet une liberté pérenne.

Dégooglisons Internet !

« Le Web auquel beaucoup se connectaient il y a des années n’est plus celui que les nouveaux utilisateurs trouveront aujourd’hui. Ce qui était autrefois une riche sélection de blogs et de sites Internet a été comprimé sous le lourd poids de quelques plates-formes dominantes. Cette concentration du pouvoir crée un nouvel ensemble de gardes-barrières, permettant à une poignée de plates-formes de contrôler quelles idées et opinions sont vues et partagées. Ces plates-formes dominantes sont capables de verrouiller leur position en créant des barrières pour les concurrents. Elles font l’acquisition de start-ups concurrentes, achètent de nouvelles innovations et embauchent les meilleurs talents de l’industrie. » — Tim Berners-Lee

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