Archives du jour : 27 septembre 2017


Du boycott des groupes Nestlé, Unilever, Coca-Cola… 2

Nous les saisissons à l’aveugle, l’esprit léger. Dans les dédales des GMS (ainsi s’exprime le dialecte mercatique), cette prodigalité nous donne l’illusion du choix sans jamais nous inviter à nous questionner sur le chemin que prendra notre argent : de toute évidence, cela nous semble bien abstrait ; nous nous contentons de cette formidable profusion de produits qui s’offrent à nous dans ces écrins qui font la part belle aux subterfuges sensoriels et nous convient, parfois malgré nous, à délier notre bourse plus qu’il ne faut.

On ne peut décemment pas émettre de quelconques reproches à ces esprits ingénus qui supposent que leurs actes d’achats quotidiens reflètent un monde idyllique dans lequel une kyrielle de sociétés se livreraient bataille pour récupérer nos deniers : durant longtemps j’ai moi-même ignoré ces petits logos qui ornent les emballages et révèlent une vérité dérangeante.

Carte réalisée par l’excellent site Convergence Alimentaire.

Nestlé, Unilever, Coca-Cola, Kraft Foods, Mondelez… Les principaux acteurs économiques de l’agro-alimentaire sont en réalité peu nombreux. Économiquement parlant, ce marché est oligopolistique. Les impacts d’une telle situation sont nombreux et délétères : d’une part, considérant leur poids économique colossal, cela leur confère une influence politique qui leur permet, via un lobbying intense (ce qui passe par le financement de campagnes politiques), d’avoir suffisamment d’emprise sur les législateurs afin d’instaurer des barrières à l’entrée pour d’éventuels nouveaux acteurs ; il en va de la préservation de leurs intérêts économiques. D’autre part, leur hégémonie leur permet de financer de nombreuses études/colloques/programmes santé qui contredisent ou minimisent l’impact de leurs produits sur la santé ou encore, de bénéficier de la bienveillance des pouvoirs publics pour monopoliser des ressources naturelles aussi essentielles que l’eau. Le dernier exemple en date illustre parfaitement la collusion entre politique et intérêts privés : après six années d’interdiction, la vente de bouteilles d’eau en plastique a été de nouveau autorisée par l’administration Trump ; une décision qui survient trois semaines après la nomination de David Bernhardt comme secrétaire adjoint à l’Intérieur, lequel est un ancien lobbyiste de Nestlé Waters (qui possède pléthore de marques telles que Deer Park, Perrier, San Pellegrino…).

L’an dernier, le chiffre d’affaires de ce mastodonte de l’agroalimentaire était de presque 90 milliards de dollars. Derrière ce chiffre, des produits qui reflètent clairement leur appartenance à la maison mère (Nespresso en figure de proue) et d’autres que l’on soupçonne moins, à commencer par l’arsenal cosmétique de L’Oréal (dont Nestlé est actionnaire) ou encore les fameuses marques d’eau minérale du groupe Nestlé Waters.

Tout comme les serfs inféodés aux rutilantes capsules d’aluminium, j’achetais mes dosettes « Dolce Gusto » et en étais satisfait : on nous a habitués à être les fidèles clients d’une marque, à être enfermés dans un produit non-durable et dépendant de la volonté du fabricant. Las d’être le laquais d’une marque qui me tenait sous sa coupe, je me suis libéré de cette emprise (qui, en plus d’être nocive pour le consommateur, constitue un désastre écologique) pour passer au café en grains : il est en effet paradoxal de se réjouir qu’une multinationale sorte une énième « nouveauté » caféinée quand le café en grains vous offre à tout moment d’innombrables crus venus du monde entier et qui sont pour certains biologiques, équitables et issus de petites fincas.

Sur le plan éthique, le vénéfice est plus insidieux encore car s’introduit là où l’on s’y attend le moins. Ainsi, en 2011, Unilever a fini par cesser de tester son thé Lipton sur les lagomorphes. Si l’association PETA s’en est réjouie, il ne m’en faut pas plus pour balayer d’un revers de la main les produits appartenant au grand « U » (qui vont de Knorr à Sun en passant par Dove et Axe).

Afin de mener à bien ma sédition consumériste, j’ai (il y a quelque temps déjà) mis au rebut le dentifrice en tube (un marché dans lequel le néerlandais Unilever est présent avec Signal) au profit d’un dentifrice solide et zéro déchet de Pachamamaï, ma San Pellegrino a cédé sa place à une carafe filtrante, mon liquide vaisselle et mon gel douche sont respectivement un savon de Marseille et d’Alep, mon shampooing est une poudre nommée rhassoul et mon café, comme je le soulignais précédemment, est désormais en grains.

S’il est plus simple de fermer les yeux sur les pratiques de ces entreprises et sur les efforts qu’ils déploient pour pérenniser leur oligopole fructueux en nous disant que « De toute façon, moi, à mon niveau, que puis-je faire ? je ne vais pas changer grand chose » tout en continuant à acheter son cola tout de rouge vêtu, nous devrions remettre en questions nos actes d’achat et voir en chacun d’eux un geste citoyen. Cependant, il faudra aussi se souvenir que chez certaines personnes, rien ne saura les faire réagir : c’est ainsi, alors qu’une personne dénonçait le pillage de l’eau au Mexique, une autre personne « dégustant » son Coca-Cola a affirmé avec un dédain ahurissant : « Mais qu’est-ce qu’on n’en a à foutre ? ».

Si d’aucuns pourront être surpris — en raison de mes idées libérales — de cette fronde envers les multinationales (les clichés ont la peau dure, je ne peux le nier), je leur réponds que le grand capitalisme fait quotidiennement le lit du réglementarisme et du monopolisme, deux freins majeurs au libéralisme qui, l’un comme l’autre, ne servent que les intérêts exclusif de ces titans économiques.

« Consommer, c’est voter. »