Archives du jour : 24 juillet 2017


Le véganisme en 15 questions. 1

En dehors des nombreuses vindictes et autres goguenardises dont nous sommes les cibles dès lors que notre philosophie de vie est mentionnée, force est de constater que les esprits les plus curieux se posent toujours de très nombreuses questions (ou alors, par effet de rhétorique, tentent de nous mettre face à de prétendues contradictions).

Afin de répondre à ces sollicitations, légitimes ou saugrenues, vous trouverez ci-dessous une liste non exhaustive de questions auxquelles nous répondons inextinguiblement.

1. La viande, admettons. Mais pourquoi le lait, les oeufs, le miel, la laine, le cuir, tout ça… ? C’est extrême !
2. T’en veux ? Ah non pardon… Tu peux pas ça, n’est-ce pas ?
3. Tu manges quoi alors ?
4. Pourquoi arrêter la viande si c’est pour manger des imitations ?
5. La viande, ça ne te manque pas ? Y’a pas un jour où tu pourrais recommencer à en manger ?
6. Et les plantes ? Elles vivent aussi pourtant !
7. Si tu es invité(e) faut préparer pour toi mais si on vient chez toi tu nous imposes le véganisme, pourquoi ?
8. Si tu as un enfant tu vas l’obliger à être végane ?
9. Tu ne fais jamais un écart, de temps en temps ?
10. Quand tu sors, que tu es en vacances, etc. c’est pénible quand même, non ?
11. Tu prends de la B12, c’est bien que le véganisme n’est pas naturel ?
12. S’occuper des animaux, d’accord… Mais les humains tu y penses ?
13. Tu es végane, très bien, mais tu milites… Tu ne veux pas nous laisser manger ce qu’on veut ?
14. Tu crois que parce que tu es végane tu vas changer les choses ?
15. Pourquoi arrêter la viande alors qu’il a permis le développement cérébral de l’humain ?

1. La viande, admettons. Mais pourquoi le lait, les oeufs, le miel, la laine, le cuir, tout ça… ? C’est extrême !

Extrême ? D’aucuns parleront aussi d’une forme de radicalisme. Je suis radical, oui, mais pas comme vous l’entendez. Ce qui est extrême, c’est le traitement que l’on inflige aux animaux non-humains : nous abattons des milliards d’individus doués de sentience et de conscience, nous exploitons des espèces pour leur soutirer un lait maternel dont nous n’avons pas besoin avant de les envoyer, elles et leurs progénitures, à la mort. S’insurger du port de la fourrure lorsque l’on porte du cuir et de la laine, cautionner une tuerie de masse, n’est-ce pas cela qui est extrême ?

2. T’en veux ? Ah non pardon… Tu peux pas ça, n’est-ce pas ?

Je le peux. Si je le décidais, je pourrais volontiers me repaître de ce morceau de cadavre ou de cette pâtisserie faite de sécrétions mammaires. Je ne le veux pas. Il n’est pas question de capacité mais de volonté. Le véganisme n’est pas une religion. C’est une philosophie.

3. Tu manges quoi alors ?

Bien peu de choses, hélas ! Nous vivons une vie d’ascète, faite de repentances et de privations. Plus sérieusement, nous avons une alimentation aussi riche que variée : nous ne lésions ni sur la pâtisserie ni sur la junk food. Il n’y a bien que les béotiens, bien peu au fait de notre régime alimentaire, qui peuvent penser que nous ripaillons tristement…

4. Pourquoi arrêter la viande si c’est pour manger des imitations ?

Aussi incongru que cela puisse paraître, de (très ?) nombreux véganes aiment le fumet et le goût de la viande. Cela ne vous semble-t-il pas logique de chercher à renoncer à la violence tout en continuant flatter nos papilles ?

5. La viande, ça ne te manque pas ? Y’a pas un jour où tu pourrais recommencer à en manger ?

Je vous renvoie à la question 4. L’inventivité de notre cuisine permet de s’approcher de ce qui pourrait nous « manquer ». Pour le reste, la vie d’un être sentient passe avant un plaisir gustatif éphémère. Alès et consorts sont là pour nous rappeler toute la cruauté qu’il y a derrière ce qui pourrait vous « manquer ».

6. Et les plantes ? Elles vivent aussi pourtant !

Je pose la question : le fait que les plantes constituent une forme de vie justifie-t-il la mise à mort de milliards d’êtres sensibles ? À titre personnel, n’ayant jamais vu la flore exprimer une douleur semblable à celle, commune, que les animaux non-humains et nous-mêmes pouvons exprimer suffit à me convaincre du bien fondé de ma démarche.

7. Si tu es invité(e) faut préparer pour toi mais si on vient chez toi tu nous imposes le véganisme, pourquoi ?

Je vais procéder par analogie. Imaginons l’individu Y, qui attache beaucoup d’importance aux questions écologiques et sociales. Maintenant, imaginons X, ami(e) de l’individu Y, peu au fait de toutes ces considérations. Y fête son anniversaire et X adorerait pouvoir boire son soda préféré, fabriqué par la société xyz, laquelle est connue pour piller l’eau potable dans certains pays où cette ressource manque cruellement. Considérant que X n’attache que peu d’importance à ce sujet, est-ce que Y devrait servir à X son soda préféré ?

Votre réponse est probablement « Non, parce que cela entrerait en contradictions avec les valeurs morales de Y », et dans ce cas vous comprenez pourquoi nous refusons par principe de cautionner chez nous ce pourquoi nous nous battons. Notre philosophie est celle de l’antispécisme et son application passe par le refus de cautionner toute cruauté exercée envers les animaux non-humains et la lutte pour la reconnaissance d’un droit animal. Le véganisme est un combat politique.

8. Si tu as un enfant tu vas l’obliger à être végane ?

Oui. Vous-mêmes, individus à régime omnivore, vous imposeriez cela à votre enfant. L’enfant devenu responsable agira en son âme et conscience. En attendant cela, il sera végane : c’est un régime qui, mené convenablement (au même titre qu’un régime omnivore !) ne pose aucun problème vis-à-vis de la santé.

9. Tu ne fais jamais un écart, de temps en temps ?

Excepté dans l’éventualité où une impérieuse nécessité physiologique m’y contraignait, non, et ce pour les raisons exprimées supra.

10. Quand tu sors, que tu es en vacances, etc. c’est pénible quand même, non ?

C’est parfois pénible, oui. Cependant, nos impératifs éthiques passent avant notre petit confort personnel. Alors cela peut parfois agacer les personnes peu sensibles à ces idéaux qui nous sont chers (ce qui peut parfois mener à un léger éloignement, car nous sommes perçus comme « contraignants »), mais ce sont des contraintes auxquelles nous consentons.

11. Tu prends de la B12, c’est bien que le véganisme n’est pas naturel ?

La synthétisation de la vitamine B12 remonte à la moitié du XXe siècle. Il s’agit d’un progrès technologique et scientifique. Devrions-nous nous passer de toute forme de progrès qui ne serait pas jugée « naturelle » ?
En outre, les animaux d’élevage sont eux-mêmes supplémentés en vitamine B12, et c’est cette même vitamine issue de la supplémentation que les personnes qui consomment de la chair animale ingèrent. Elles se supplémentent donc aussi, indirectement…

12. S’occuper des animaux, d’accord… Mais les humains tu y penses ?

Les produits d’origine animale (dont la consommation ne cesse d’augmenter compte tenu de l’émergence d’une classe moyenne dans les pays comme la Chine) sont une véritable catastrophe écologique et donc, humaine. L’élevage représente 14,5% des gaz à effet de serre émis dans le monde et 75% des terres agricoles servent à nourrir les animaux que nous envoyons à la mort. Il n’y a que 4% du soja (dont raffole les véganes) cultivé qui nourrit directement l’humain. Pourtant, le soja est responsable à hauteur de 91% de la déforestation de l’Amazonie. En outre, un kilo de dépouille de bœuf nécessite 15 500 litres d’eau : toutes ces ressources gaspillées pour l’élevage pourrait aisément nourrir la planète.
Notre philosophie, suivie à plus grande échelle, aurait donc un impact considérable en faveur de l’humanité.

13. Tu es végane, très bien, mais tu milites… Tu ne veux pas nous laisser manger ce qu’on veut ?

Nous y songerons le jour où l’humanité cessera de s’arroger le droit de vie ou de mort sur des êtres doués de conscience et de sensibilité. En attendant ce jour, nous continuerons à militer contre le spécisme et en faveur d’un droit qui reconnaît aux animaux le droit de vivre et vivre libres.

14. Tu crois que parce que tu es végane tu vas changer les choses ?

C’est le propre de toute lutte. Au début, elle paraît relever d’un idéalisme béat. On nous raille, on nous marginalise, mais nos idées gagnent du terrain, des femmes et des hommes donnent de leur personne sans compter et un jour peut-être serons-nous assez nombreux pour réaliser un changement de paradigme. En attendant, celles et ceux qui ont fait ce choix sont en paix avec leur conscience. C’est déjà une petite victoire.

15. Pourquoi arrêter la viande alors qu’il a permis le développement cérébral de l’humain ?

C’est une vérité : sans la consommation de viande, l’humain n’aurait pas développé ses capacités cognitives telles que nous les connaissons aujourd’hui. Cependant, cette évolution s’est arrêtée il y a quelques centaines de milliers d’années et les progrès scientifiques accomplis nous permettent de renoncer à la viande sans avoir à nous inquiéter quant à nos capacités cérébrales…

« Je ne mange pas d’animaux, je ne digère pas l’agonie. » Marguerite Yourcenar