Archives du jour : 17 juillet 2017


Vélo, boulot, dodo. 1

Tel est le crédo d’une vie à vau-l’eau. Il y a quelque temps, un impérieux besoin de changement m’a incité à changer d’emploi : je rejoins ainsi chaque jour la capitale du potentat Henri, un périple quotidien jalonné l’aléas et d’étapes ritualisées ; pas un jour sans que je n’enfourche mon vélo, lequel ne quitte jamais ma citadine. Il faut avouer qu’à l’instar des autres capitales, celle dans laquelle j’ai le plaisir d’exercer ma profession connaît son lot de congestions de trafic : le deux-roues est donc un allié précieux, et ce en dépit des hourvaris climatiques (chevaucher une bicyclette avec un parapluie en main n’est pas chose aisée). Lunch box et livre en bandoulière, mes quotidiens matinaux et vespéraux ne sauraient être sans mon fidèle vélo et mon tote bag. Cliché du bobo gaucho.

Au rythme des changements d’horaire, je peux tout aussi bien me lever à 5:40, 6:40, 7:40 et rentrer à 18:05, 19:05, 20:05… Oh ! cela n’est que bien peu de choses au regard de certaines professions, autrement plus éprouvantes, mais cela ne laisse que peu de place à l’imprévu. L’horloge, armée de ses vingt-heures, parait désormais bien mince : la tenue d’un logis a ses impératifs auxquels on n’ose déroger. Les minutes, puis les heures, s’évanouissent sans que l’on s’en aperçoive. Les soirs, comme les midis, sont indissociables des moments de lecture (des lectures qui laissent songeur le commun des mortels : je lis simultanément John Rawls, Michel Crépeau et John Stuart Mill) et sanctuariser le temps qui leur est consacré relève parfois de la gageure. In fine, le repos, nécessité physiologique s’il en est, me semblerait presque superfétatoire ; j’ai l’impression de lui accorder plus de temps qu’il n’en faut.

Le week-ends ne laissent guère de place à l’oisiveté : il n’est pas rare que je regagne l’Île de France pour passer du temps avec l’élue de mon cœur lorsque ce n’est pas elle qui me fait l’honneur de venir jusqu’à moi. Là encore, nous faisons la part belle aux sorties et ne laissons que peu de place au répit : qu’il s’agisse d’un restaurant avec des amis ou d’un soir à l’opéra, je n’ai probablement pas connu de week-end sacrifié sur l’autel de l’inertie depuis bien longtemps ; ne rien faire serait toutefois un vénéfice bien plus pernicieux pour moi.

Mes semaines ne m’accableront certainement pas d’éreintement mais elles s’inscrivent dans un triptyque bien connu que l’on pourrait résumer prosaïquement par vélo, boulot, dodo. Il y a un an et demi, je disais que le temps s’enfuit. Oui, le temps s’enfuit. Il nous échappe, il nous manque, il s’évanouit, il nous précède, il nous succède. Nous ne sommes qu’une mince unité de son éternité.

« Le temps manque pour tout. » Honoré de Balzac