Archives du jour : 22 juin 2017


Marche pour la fermeture des abattoirs : première manif…

Rouge. Comme les mots « libre » et « opprimés » qui brillaient par leur force Place de la République : « Personne n’est libre quand d’autres sont opprimés. » Rouge, couleur ambigüe qui traduit aussi bien l’amour que la colère, et qui seyait à ravir à la marée humaine à laquelle j’ai pris part.

Tout comme cette lettre que j’aurais aimé pouvoir adresser à mon Moi de 16 ans, j’aurais aimé pouvoir dire à mon moi du passé que rien n’est immuable et qu’il ira, un beau jour de juin, battre le pavé avec la femme qu’il aime pour défendre une cause qui lui sera chère, cette même cause qu’il s’est évertuer éhontément à vilipender durant si longtemps. Là, devant mon clavier, je me laisse cependant aller à la douce pensée qu’il est infiniment plus beau de jeter un coup d’œil en arrière pour voir le chemin parcouru et se demander, candidement, « Qui serai-je demain ? ».

Ce samedi 10 juin, je me suis donc mêlé à des milliers de femmes et de hommes animés par l’amour des animaux et la colère de les voir ainsi dépourvus de leur droit le plus fondamental : celui de vivre. Cette marche, étendard des défenseurs de la cause animale à travers le monde, n’avait pour seul but que celui d’éveiller davantage de consciences, d’être la voix dans sans voix, de continuer le combat de femmes et d’hommes qui ont lutté et luttent encore aujourd’hui contre le spécisme (considération que des membres d’une certaine espèce ont des droits moraux plus étendus ou supérieurs à ceux accordés à d’autres espèces) en clamant haut et fort que l’animal n’est pas, à l’issue d’une ségrégation des espèces, un outil de production, un repas ou un compagnon de vie : il est un être vivant doué de sensibilité, de conscience et d’une volonté de vivre semblable à la nôtre.

Passée la Vegan Place (riche en victuailles végétales étonnantes mais délicieuses et en littérature philosophique — Contre la mentaphobie de David Chauvet est, soit dit en passant, un ouvrage remarquable), nous fûmes tous harangués par la brillante Brigitte Gothière qui entreprit (le nez dans son texte, comme un folliculaire mal à l’aise durant une interview — n’est pas tribun qui veut !) de galvaniser les foules, non sans un certain succès.

Au rouge des t-shirts se mêlaient le rouge de nos visages, cramoisis sous un soleil de plomb, et celui d’une idéologie qui n’est pas la mienne (ce tatouage « FlUx RSS » m’a marqué à jamais) mais qui n’avait là aucune importance : seule comptait cette unité transgénérationnelle pour un combat politique qui dépasse les habituels clivages. Au détour des rues nous pouvions parfois mesurer l’animadversion des badauds, atterrés par nos revendications : « La viande, le poisson, le lait… Faut arrêter là ! » (Son expression est judicieusement choisie, il faut le noter)
En retour, nous nous laissions parfois aller à la conspuation en passant devant certaines échoppes : j’imagine qu’il s’agit là du propre de toute action revendicatrice.

À la page des ressentis, une gêne m’envahit… Je couvre mon visage ponceau : cette première manifestation est à marquer d’une pierre… Rouge ! rouge comme la honte.
Il y a de cela quelques années en arrière, j’aurais ri sardoniquement à la simple évocation d’une participation de ma personne à une manifestation (à fortiori à une manifestation végane).
Pierre rouge encore, car rouge comme l’amour : aujourd’hui, je ne retiens que la bonne humeur générale et les cœurs militants. Les abattoirs ne fermeront pas demain, c’est entendu, mais la symbolique était présente : c’est bien là tout ce qui compte.
Pierre rouge enfin, car rouge comme le sang que j’ai cessé de faire couler. Voilà maintenant un an que j’ai fait ce choix, tout en sachant que rien ne me fera revenir en arrière.

« Il n’est point permis de supposer l’esprit dans les bêtes, car cette pensée n’a point d’issue. Tout l’ordre serait aussitôt menacé si on laissait croire que le petit veau aime sa mère, ou qu’il craint la mort, ou seulement qu’il voit l’homme. L’œil animal n’est pas un œil, l’œil esclave non plus n’est pas un œil et le tyran n’aime pas le voir. » Alain