Diatribe contre le « flexitarisme »


« Je suis flexitarien ». Vous avez peut-être, au détour d’une palabre, entendu cet adjectif aussi abscons qu’inepte. Le flexitarisme est le néologisme de l’absurde : c’est une négation de l’éthique de conviction au profit d’un égoïsme vaniteux qui se pare des apparats de la raison. Le flexitarien est, je cite, « un végétarien qui mange occasionnellement de la viande » ; l’énoncé est d’une incongruité rare, comme si Monsanto vendait occasionnellement des semences bio.

Non-content d’être l’enfant maudit de ce paradoxe, le flexitarien est l’inclusion méphitique de toute une frange de la population qui se ravit d’être ainsi qualifiée : le flexitarisme ne vous demande qu’une maigre ascèse pour vous anoblir. Se « passer de viande deux fois par semaine » — le poisson est, comme toujours, un sous-animal qu’on oublie… — fait de tout individu un « flexitarien débutant ». Le dessein est tout aussi flou qu’incohérent : on vante des vertus santé, écologiques… Voire même éthiques !

Éthique. L’éthique du flexitarisme est précisément l’absence de toute éthique puisque le terme lui même sonne comme un non-sens. Où est l’éthique dans un régime alimentaire où l’on s’accorde le droit de se repaître du corps d’un animal ? où le renoncement n’a pas sa place, ostracisé par l’impérieuse nécessité de succomber à des petits plaisirs ? Plutôt que de mettre en avant le renoncement aux produits d’origine animale comme une forme d’aboutissement, le flexitarisme est précisément un renoncement en lui-même, se complaisant de cette forme embryonnaire de prise de conscience. « Oui faut manger moins de viande c’est sûr mais faut dire que c’est trop bon ».

On a mis un mot sur ce qui ne devait être qu’une étape transitoire pour des individus qui ont (plus ou moins) conscience des méfaits d’un régime carné. Cette étiquette a donné naissance à une horde de quidams infatués qui se satisfont de leur maigre changement et qui n’ont de ce fait pas assez de conviction pour se conformer à l’éthique dont ils se veulent pourtant les faire-valoir : se dire flexitarien sied à ravir à leur petite vanité, l’éthique est in fine la dernière des préoccupations de ces Matamore de l’assiette ; moins de viande, oui, mais bon de temps en temps ça fait envie, puis c’est du bio. Puis les laitages et le fromage, c’est trop bon, et puis c’est pas violent pour les animaux. Les œufs ? Non, se passer des œufs, c’est quand même extrême. Dans cette kyrielle d’excuses pour papilles en détresse, vous trouverez en plus quelqu’un pour vous dire que « Ça vient de chez un petit fermier qui traite bien ses animaux ». Oui, pour ces personnes il existe une forme bienveillante d’exploitation. On peut manger de la viande et respecter les animaux.

Mon admonestation ne serait pas telle si les animaux n’étaient pas les premières victimes de ces hâbleurs en goguette. À travers leur comportement alimentaire, ils invisibilisent le martyr que vivent les animaux tout en minimisant leur responsabilité : comme le disait si bien Bossuet, ils déplorent les effets dont ils chérissent les causes. Leurs petits écarts sont autant de coups de poignard donnés aux animaux dont ils se sustentent, autant d’arguments en faveur de leur mode de vie (ir)raisonné : leur petite « consommation modérée » devient la norme, jetant de facto l’anathème sur celles et ceux qui ont fait le choix de rejeter toute exploitation animale. Pourtant, il n’y a pas de limite en dessous de laquelle l’exploitation devient « moralement acceptable » : ce choix est donc, selon les cas, possiblement hypocrite, mais assurément égoïste.
Le flexitarisme n’est, en conclusion, qu’un régime omnivore affublé d’un nom clinquant pour remplir de fatuité des gens qui n’ont cure de la cause animale mais prétendent s’en préoccuper.

« On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas. » Alphonse de Lamartine

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