Archives du jour : 17 février 2017


La politique, l’art d’agiter le peuple avant de s’en servir… 1

Le titre de ce billet fera sourire les plus fins connaisseurs des bons mots de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, le « diable boiteux ». Toujours est-il que le poids des années n’a rien enlevé à la superbe de cette phrase qui, à l’instar des plus belles saillies de Benjamin Constant sur l’intérêt des politiques à se maintenir dans l’exercice de leur fonction, reste cruellement actuelle.

Il me paraît bien inutile de rappeler les méfaits établis ou présumés de nos augustes candidats à la plus haute fonction de l’État : je n’ai d’yeux que pour celles et ceux qui, épris d’une dissonance cognitive d’une rare intensité, les soutiennent ardemment alors que le bon sens voudrait qu’ils les laissassent aller à vau-l’eau avec toute la bénédiction d’une plèbe éreintée par tant de mépris.

Quelle n’est pas ma surprise de voir ces gens habillés des plus beaux habits d’une philosophie respectable porter au firmament un homme qui a non seulement violé la loi (« on peut violer les lois sans qu’elles crient »), bafoué la morale et qui, depuis quarante ans, vit de la manne publique : celui qui voit dans la politique une source permanente de revenus “vit de la politique” et que, dans le cas contraire, il vit “pour” elle […]. Toutes les luttes partisanes ne sont donc pas uniquement des luttes pour des buts objectifs, mais elles sont aussi et surtout des rivalités pour contrôler la distribution des emplois. (Max Weber)

Surprise aussi quand je vois l’adhésion aux propos d’une femme aux idées confuses, inconsistantes, incapable de défendre ses propositions contraires à toutes les vérités économiques et au bon sens. Il me prend l’idée de citer Friedrich Hayek (qu’il serait bon de lire ou relire) : « Des gens tombent plus facilement d’accord sur un programme négatif – la haine de l’ennemi, l’envie des plus favorisés – que sur des buts positifs ; c’est presque une loi de la nature humaine. L’élément essentiel de tout credo politique, capable de sceller solidement l’union d’un groupe, est l’opposition entre “nous” et “eux”, la lutte commune contre les hommes qui se trouvent en dehors du groupe. »

Les arabes, les noirs, les juifs, les pauvres, les riches, les bobos, les pédés… Tout est bon pour fédérer les masses autour d’un mal commun. « Diviser pour mieux régner ».

Boire les paroles d’un homme épanche la soif de celui ou celle en mal d’espoir, mais cela n’efface pas le mirage qu’il laisse entrevoir ; le politique est le nouvel opium du peuple.
L’ingénu devient alors le séide et le politique, porté par les thuriféraires de sa bonne parole, se voit absous de tous ces méfaits : le candide excuse toutes les compromissions pour poursuivre son indéfectible soutien : le poids du déni alourdit ses paupières. Elles finissent par se fermer.
Non-content d’être le laudateur de son précepteur, l’ingénu se heurtera aux soutiens de ceux qui ont des opinions divergentes : dans le maelström de la politique, la guerre bat son plein pour hisser aux fonctions exécutives des gens qui, somme toute, se partagent sans coup férir l’exercice du pouvoir depuis de longues années.

Le politique, habile démagogue, exprime sa stratégie en plein jour : il parle de « reconquête », il va « chercher des voix » ; il ne répond pas à un besoin dicté par la sincérité de ses convictions, il oriente son discours comme on conçoit un produit destiné à un cœur de cible : tout programme politique apparaît comme un produit de consommation courante dont les caractéristiques s’adaptent à la demande.
« Empare-toi des sujets d’actualité ». L’instantanéité de l’époque actuelle est le point d’entrée de ces flagorneurs. Chacun y va de son assertion à brûle-pourpoint et ils n’en ont cure si celle-ci contredit la précédente : l’intensité émotive du quidam balaie tout bon sens et il n’est guère difficile de convaincre quelqu’un qui ne demande qu’à croire.

Ces leaders obséquieux ne voient dans leurs fonctions qu’une façon d’arranger leur fortune et de jouir de l’exercice du pouvoir ; ils profitent des ors de la République pour s’enorgueillir de cette propension qui est la leur à ressentir le besoin d’agir et le plaisir de se croire nécessaire. Ils auraient, dès lors, bien tort de se priver de ce petit spectacle de marionnettes dans lequel ils tirent les ficelles avec maestria : ils agitent le peuple avant de s’en servir… Et la magie opère.

« En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai. » Charles-Maurice de Talleyrand-
Périgord