Le bobo, l’ennemi à abattre.


« La montagne n’est pas une réserve d’indigènes pour bobos parisiens », « Ferme ta gueule. Moi, je parle à tout le monde. Tu n’y connais rien. Tu ne connais que les bobos ! », « Je ne les supporte plus. Cette chaîne de bobos horribles… » (à propos de Canal+).

Il y a quelques jours, la blogueuse Klaire répondait avec maestria aux anathèmes prononcés par nos politiques à l’égard de celui qui est désigné comme l’ennemi à abattre : le bobo.

On connaît la célèbre tirade de Nietzsche : « Le diable est dans les détails ». Derrière ce mot, d’innombrables clichés : le bobo est ce petit gaucho embourgeoisé qui mange bio, qui vote écolo, qui réduit ses déchets, qui se plaît à fréquenter « les galeries d’art, les vieux bistrots ». S’il m’arrive effectivement de « boire de la Manzana glacée en écoutant Manu Chao », j’aimerais cependant m’étendre un peu sur ce sujet :

Pourquoi Diable la France de 2016 est-elle celle où le bobo est ainsi vilipendé ? On n’a jamais entendu une personnalité politique jeter l’opprobre sur celui ou celle qui élève sa progéniture avec la télévision, celui ou celle qui n’a pour seule lecture que « L’Équipe » ou celui ou celle qui consomme sans jamais s’interroger sur l’éthique derrière l’étiquette.
« Divide et impera » disait Machiavel. À répéter le mensonge, on en fait une vérité : le bobo est la source de tous les maux.

On ne saura jamais vraiment pourquoi et celles et ceux qui attisent le rejet n’y répondront pas. Peut-être est-ce cette volonté d’agir de façon responsable qui déplaît tant ? Pour s’attirer les bonnes grâces de cet électorat (hétérogène : on y inclut aussi bien les masses paupérisées que les plus acharnés conservateurs), on insiste sur ses différences : on met en avant son positionnement politique, son mode de vie, sa catégorie socio-professionnelle… Le bobo est un peu le « bougnoule politiquement correct » : c’est un coupable idéal, une discrimination facile et légale qui vise une minorité à laquelle prendra part la majorité tant convoitée. En effet, les politiques ne veulent pas voir les masses s’élever : la médiocrité n’est pas seulement une conséquence de leur incurie, elle en est l’effet délibérément recherché ; l’ignorance rend la plèbe docile et malléable : la haine du bobo n’est pour cette nation vieillie dans l’enfance que le prolongement du rejet de « l’intello ».

Selon les clichés fréquemment véhiculés, on me cataloguerait volontiers bobo : j’ai changé ma façon de me nourrir (et j’achète principalement du bio), je n’ai pas télé (je préfère les livres), je fais mon ménage et ma lessive et ma vaisselle au vinaigre blanc/savon de Marseilles/huiles essentielles, mon dentifrice est sans fluor, mon déo sans sels d’aluminium, mon café vient de chez un maître-torréfacteur, j’ai des goûts musicaux éclectiques et, comble d’infortune, je bosse dans l’informatique (comme le dit si bien Renaud).
Si être un consommateur responsable vaut l’avanie (pour moi, ce n’est que l’expression de ce que disait Ludwig von Mises dans « Omnipotent government »), alors j’y consens : « Eh bien ! oui, c’est mon vice. Déplaire est mon plaisir. J’aime qu’on me haïsse. »

Politiquement, je n’échappe pas non plus à la vindicte quasi-générale : je suis libéral. Je me revendique aussi bien des idées de John Stuart Mill (mon maître à penser) que de Benjamin Constant, et je reconnais certaines vertus à Friedrich Hayek ou encore à Ludwig von Mises alors que je partage davantage les idées d’un John Rawls (qui lui même s’est beaucoup inspiré de Mill) tout en appréciant certaines idées de Pierre-Joseph Proudhon comme d’Emma Goldman. Historiquement, force est de constater que je me classe à gauche (les députés libéraux siégeaient jadis à gauche dans l’hémicycle). Seulement, à l’exception du Parti Radical de Gauche qui assumait son orientation « sociale-libérale » (le Mouvement Radical Social-Libéral est trop inféodé à notre majorité présidentielle) mais qui n’a que peu de place dans le paysage politique français, la gauche d’aujourd’hui (et la droite) n’ont de cesse de dénoncer à l’envi cet « ultralibéralisme » qui fait tant de mal à la France ; je préfère parler de capitalisme de connivence, toujours prêt à favoriser quelques-uns au détriment de tous les autres (c’est, peu ou prou, ce que disait Adam Smith dans sa célèbre « Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations »). Toutes choses égales par ailleurs, les libertés individuelles et la question écologique étant selon moi prioritaires, j’apprécie EÉLV.

Certes, je pourrais parader avec un t-shirt Johnny Hallyday à la « fête du cochon » du coin, partager une merguez/frites tout en dissertant sur le dernier match de l’OM ou « me poser devant la télé » et voir en le bateleur Hanouna et ses séides une source inépuisable d’alacrité : cela ferait de moi une personne normale et correspondrait davantage au cœur de cible d’une classe politique qui préfère créer un corps homogène autour de principes négatifs de sélection. Comme le disait Friedrich Hayek dans sa « route de la servitude » : « Des gens tombent plus facilement d’accord sur un programme négatif – la haine de l’ennemi, l’envie des plus favorisés – que sur des buts positifs ; c’est presque une loi de la nature humaine. L’élément essentiel de tout crédo politique, capable de sceller solidement l’union d’un groupe, est l’opposition entre ‘nous’ et ‘eux’. »
Je ne peux donc que présenter mes excuses à ces politiques qui auraient sans doute préféré me voir partager leur rancœur et cracher sur ces salauds de bobos : détestez-moi, car je suis probablement un bobo.


« Écrire est une souffrance, car l’on est sans cesse confronté à soi. » … Françoise Hardy !

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