À M. Jean-Louis Carrère, sénateur des Landes. 2


Monsieur le sénateur,

Paul Éluard disait : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » Force est de constater qu’il se pourrait bien que vous fussiez aller ripailler à plein ventre avec Monsieur Michel Louis, directeur du zoo d’Amnéville ! Il y a, en effet, une coincïdence pour le moins troublante entre la lettre envoyée par ce dernier à votre confrère M. le député-maire d’Aix-les-Bains et votre hallali envers les « mouvements animalistes » si poliment décriés dans sa missive.

Les Français vous en remercieront, Monsieur le sénateur, car cela va sans dire qu’ils sont davantage préoccupés par ces individus extrémistes qui se repaissent de légumes que par le fondamentalisme religieux, le chômage ou l’éducation de leurs enfants. À en juger par votre ton péremptoire, vous avez mesuré toute l’étendue de la menace et nous vous en rendons grâce.

Voyez-vous, Monsieur Carrère, si j’étais un doux ingénu, je penserais que votre anathème envers ces mouvements, prononcée à l’occasion d’un colloque organisé par l’Observatoire national des cultures taurines, ne serait qu’un malheureux concours de circonstances, de même que votre lourd passé qui ne vous classe pas parmi les plus grands défenseurs des animaux.

Mais voyez-vous, Monsieur le sénateur, je vous crois plus malhonnête encore que Monsieur Michel Louis car seules votre rancœur et votre profonde sottise guident vos actions. J’ose le terme : vous êtes un faquin, Monsieur Carrère. Derrière vos rodomontades digne d’un Matamore, vous esquissez un tableau fantasmé des mouvements que vous dénoncez, pour mieux vous ériger en dernier défenseur de « traditions » en péril : vous êtes sclérosé par votre conservatisme et vos grands mots trahissent votre petit esprit étriqué. Vos accointances avec les milieux de la chasse et des « cultures taurines » ne sauront rester muettes, soyez-en sûr.

En quoi des femmes et des hommes qui appellent à ce qu’un cochon ou un veau soit traité de même manière qu’un chien ou un chat sont inquiétants ? En quoi des femmes et des hommes qui dénoncent la cruauté du gavage sont inquiétants ?
Et qu’entendez-vous, Monsieur le sénateur, quand vous dites que : « Pays des droits de l’Homme, la France ne doit pas permettre que ceux-ci soient plus longtemps bafoués » ? Si vous sous-entendez que les mouvements de défense des animaux bafouent les droits de l’Homme, alors laissez-moi vous dire que vous n’êtes qu’un fieffé béotien.
Si vous aviez eu l’honnêteté intellectuelle de vous intéresser aux fondements philosophiques du droit animal, vous auriez découvert des théoriciens tels que Jeremy Bentham, un des pères de la pensée utilitariste — maître à penser de John Stuart Mill, on peut difficilement accuser ces deux philosophes d’avoir mis à mal les droits de l’Homme, j’espère que vous en conviendrez.
Mais votre but n’était pas de porter un regard aiguisé sur la question mais de mettre à mal ceux qui vous paraissent nuisibles, quitte à avancer des arguments fallacieux pour parvenir à vos fins.

Permettez-moi de vous dire, Monsieur le sénateur, que lorsque je lis les remarques éclairées de vos rustres camarades (« l’animalisme a entrepris de modifier le rapport de l’Homme aux animaux, tel que les religions, l’humanisme et le droit l’avaient établi depuis les débuts de notre histoire »), « il prend envie de marcher à quatre pattes » ! (Voltaire à Rousseau)
N’avez-vous donc pas cru utile de préciser à vos hordes de philistins que les religions, l’humanisme et le droit ont eu pendant longtemps un regard plutôt complaisant sur bon nombre de phénomènes de société aujourd’hui (presque) unanimement réprouvés ? En France, l’esclavage s’est pratiqué jusqu’en 1848, le droit de vote des femmes n’a été accordé qu’en 1944 et il leur a fallu attendre 1965 pour avoir le droit d’ouvrir un compte bancaire : de tout temps on a exigé du droit qu’il nous protège, alors que nous ne devrions lui demander que d’être juste.
Je ne vous cache donc pas qu’il y a de quoi bondir en lisant vos propos et ceux de vos séides ! Il est bien incongru de parler d’humanisme lorsque l’on s’exhorte à vivre reclus dans des schémas surannés. On est bien loin des valeurs de vulgarisation des savoirs, de tolérance, d’indépendance et d’ouverture d’esprit prônées par la théorie humaniste classique !

Ainsi, Monsieur Carrère, j’espère que vous aurez à cœur de montrer toute votre humanité en taillant le bout de gras avec vos amis pro-corrida (la corrida étant, comme un chacun sait, un spectacle empli de tendresse) et, en consommant un organe souffrant de stéatose hépatique, votre attachement aux valeurs que les animalistes mettent en péril.

Mais surtout, Monsieur le sénateur, j’espère que ces fêtes de fin d’année qui approchent vous permettront de vous guérir de votre inclination prononcée pour le mensonge et la calomnie et que vous vous y reprendrez à deux fois avant d’arguer que celles et ceux qui militent pour que les animaux soient traités de manière égale sont des adversaires des droits de l’Homme.
Pour conclure, je vous laisse méditer sur une phrase écrite il y a maintenant plus de deux cents ans par Benjamin Constant : « La multiplicité des lois flatte dans le législateur deux penchants naturels : le besoin d’agir et le plaisir de se croire nécessaire. »

Recevez, Monsieur le sénateur, mes salutations animalistes.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Click to Insert Smiley

SmileBig SmileGrinLaughFrownBig FrownCryNeutralWinkKissRazzChicCoolAngryReally AngryConfusedQuestionThinkingPainShockYesNoLOLSillyBeautyLashesCuteShyBlushKissedIn LoveDroolGiggleSnickerHeh!SmirkWiltWeepIDKStruggleSide FrownDazedHypnotizedSweatEek!Roll EyesSarcasmDisdainSmugMoney MouthFoot in MouthShut MouthQuietShameBeat UpMeanEvil GrinGrit TeethShoutPissed OffReally PissedMad RazzDrunken RazzSickYawnSleepyDanceClapJumpHandshakeHigh FiveHug LeftHug RightKiss BlowKissingByeGo AwayCall MeOn the PhoneSecretMeetingWavingStopTime OutTalk to the HandLoserLyingDOH!Fingers CrossedWaitingSuspenseTremblePrayWorshipStarvingEatVictoryCurseAlienAngelClownCowboyCyclopsDevilDoctorFemale FighterMale FighterMohawkMusicNerdPartyPirateSkywalkerSnowmanSoldierVampireZombie KillerGhostSkeletonBunnyCatCat 2ChickChickenChicken 2CowCow 2DogDog 2DuckGoatHippoKoalaLionMonkeyMonkey 2MousePandaPigPig 2SheepSheep 2ReindeerSnailTigerTurtleBeerDrinkLiquorCoffeeCakePizzaWatermelonBowlPlateCanFemaleMaleHeartBroken HeartRoseDead RosePeaceYin YangUS FlagMoonStarSunCloudyRainThunderUmbrellaRainbowMusic NoteAirplaneCarIslandAnnouncebrbMailCellPhoneCameraFilmTVClockLampSearchCoinsComputerConsolePresentSoccerCloverPumpkinBombHammerKnifeHandcuffsPillPoopCigarette

2 commentaires sur “À M. Jean-Louis Carrère, sénateur des Landes.