Éloge du vide.


Je suis le vide. La vacuité s’est emparée de moi comme le bleu s’est emparé du ciel. Je noie mon regard dans l’immensité de son uniformité bienveillante. Au loin, seule une nuée d’oiseaux ose violer la chasteté de l’azur.
L’imperceptible placidité des murmures sauvages s’accommode de ce vide que rien ne semble vouloir remplir ; elle épouse toutes les dimensions de mon absence, sublime la présence de mon non-être et fait s’évanouir les illusions de la pensée.
Lorsque le calme se fait dans l’esprit, nous laissons dormir l’être qui est en nous. Le vide se repaît de nous : nous assistons à la rédemption de notre ego. Nous cessons d’être ce que nous croyons être. Nous apprenons à être ce que nous sommes. Toutes les strates de notre individualité s’effondre au profit d’une vacuité totale. C’est un processus lent, progressif : nos sens s’effacent peu à peu, nos pensées s’évanouissent, nos désirs se figent avant de disparaître ; naît alors le néant salvateur : le corps s’alanguit, il n’est plus qu’un amas de chair dénué d’émotions, détaché de son esprit et de ses considérations métaphysiques. C’est parce qu’il n’est plus qu’il mène une existence vraie. Il n’y a plus de bien, de mal, de bonheur, de malheur, de joie ou d’acrimonie : le vide est un tout dans lequel rien ne repose.

Le vide est une apnée, une mise en abîme des paradigmes, un renoncement à l’abondance qui nous offre tout parce que nous ne sommes rien.
Parce que nous ne sommes plus rien, les chants languides de la brise balaient les ruines des pensées que nous avons laissé dépérir. Nous laissons à la nature tout entière le soin de ressentir à notre place : à la cime des arbres nos larmes, à la pluie nos complaintes et les vagues, à l’âme. L’instinct lui-même cesse d’exister, condamnant l’humain à l’inexistence. Le vide fugace qui nous caractérise alors est en osmose avec le Tout, car lui seul est en mesure de nous libérer de ce qui nous détache de la paix intérieure qui peine à exister en nous. Au diapason de notre seule personnalité, nous semons le vent de la discorde au point d’être en inadéquation avec nous-même : le Moi crie au secours mais l’écho de sa détresse se heurte à la félonie de notre orgueil.
Croulant sous le faix de nos questions, de notre existence propre, de nos besoins, de nos désirs et de nos émotions, nous finissons noyés par le tumulte d’une vie où règne l’instant d’après : incapable de saisir le présent, nous ne faisons que nous épuiser à poursuivre le futur.

« Vide ton esprit de toi-même. » Sagesse bouddhiste

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