Archives du jour : 10 janvier 2016


Mes mots…

Fils de mes maux. Parfois veufs avant d’avoir été orphelins. Ils trahissent mes pensées ou les travestissent, cela va de soi. Espiègles, ils s’enfuient aussi vite qu’ils sont venus et ne me laissent rien, pas même le temps de les griffonner. Ils s’amusent, se chamaillent, se déguisent… Ils m’oublient, puis s’en vont. J’en perds la paternité, je ne reconnais plus les miens. Tous deviennent étrangers à ce que je voulais dire. Dire. La parole me manque parce que je n’ai pas les mots pour prononcer les sons. Ils ne se montrent sous leur meilleur jour qu’à l’écrit parce qu’ils préfèrent la beauté des iris aux formes abstruses des esgourdes.

Ils accusent, ils pardonnent, ils affirment. Mes mots portent la douleur de mes plaies, les stigmates de mes peines et le reflet de mes peurs. Ils sont les coups de poignard que je ne donne pas, les preuves d’amour que je ne prononce pas et les cris sourds qui pansent les sons étranglés au sortir de ma bouche.
De l’opprobre aux aveux, tous s’efforcent à noircir les pages, ils font de moi le seul junkie à ne pas planer avec une came blanche et pure. Elle m’effraie, me terrorise. Page blanche…
Quand enfin je noircis la feuille et me lance dans un éloquent soliloque, j’ai peur du mot de trop ou de celui qui manquera.
Verba volant, scripta manent.

Enfin il y a les regards, les silences… Les non-dits sont autant de mots qui résonnent par leur absence. Ce sont des vagues invisibles qui vivent entre les lignes et qui s’abattent sans bruit dans l’inconscient des lecteurs. La blancheur immaculée des interlignes est un mince filet de soie qui cache des regards trop intimes pour être dévoilés.

« Écrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. » Marguerite Duras