L’éveil, décence.


La fugacité d’un regard, d’un mot, d’un geste. Tout s’envole puis dépérit sans jamais révéler le sens secret des choses. Je suis une rive tourmentée, violentée par le fracas des vagues, étourdie par le vacarme du vent et hantée par la noirceur du ciel. Le temps nous emporte et nous écrase avec la même véhémence ; rares sont ceux qui arpentent toutes les dimensions de l’absence sans jamais sombrer dans ses funestes torrents : on thésaurise toutes les unités du temps sans même jouir de la richesse de l’instant présent. Sur le rivage jonche l’épave de nos rêves et de nos espérances.

Les croyances se sont consumées à l’image d’un bâton d’encens : de minces filets de fumée ont dansé dans les airs comme s’il s’agissait d’un dernier ballet ou d’une révérence. Il n’en reste qu’une odeur qui rancit, nourrissant des regrets et rouvrant des plaies. Que l’on meure seul ou avec nos fantômes, nous expirons toujours poignardés par les remords enfantés par nos malheurs.
On sillonne les routes avec les mille visages du ciel pour seul horizon : le crépuscule le déchire délicatement en dessinant une vaste plaie qui s’étend du bleu écarlate au rouge cramoisi tandis que la nuit se laisse adoucir par la blancheur éclatante de la lune ; meurtrie par ses innombrables cratères, elle porte en elle les stigmates d’une vie d’errance, elle qui est le témoin privilégié d’une infinité de malheurs.

De part et d’autre des sentiers, les arbres décharnés me gratifient d’une haie d’honneur interminable ; fines et frêles, leurs branches abondantes dessinent le système veineux d’un cœur qui a depuis trop longtemps oublié de battre. Les larmes que je n’ai jamais versées ont des racines plus profondes que chacun de ces arbres et des origines plus enfouies et plus authentiques qu’aucun sourire ne saurait égaler car les râles de désespoir sont dénués de toute hypocrisie : ils sont les échos d’un mal radical, élémentaire, qui n’admet aucune nuance, aucune superficialité. Ce mal grandit de l’intérieur et phagocyte toute l’essence de notre existence pour la condamner à une éternelle inertie. Ne reste alors qu’un pantin désagrégé, égaré, en proie à toute l’étendue du néant auquel il s’offre sans retenue.

Je m’échoue sans lutter, noyé sous les assauts répétés des vagues qui portent en elles tout le poids de mes infortunes. Par la plume je donne la vie à tout ce que j’ai vu mourir : des centaines de mots qui s’embrassent et forment une masse unie et indivisible. Mais cette synergie maudite qui est le fruit de la solitude et de l’adversité mène à de nouvelles créations. Quand en moi tout périclite naissent des phrases qui mènent leur propre vie : magie de la destruction créatrice. Qu’il s’agisse ou non d’un exercice cathartique, nous croyons toujours écrire pour nous seuls jusqu’à ce que d’autres s’approprient ces joyaux extraits des gangues de notre désolation.
Elles sont les Fleurs du Mal. Elles n’obéissent à aucune des règles fondamentales qui régissent notre univers : les nuances de leur beauté s’épanouissent sur le terreau de l’affliction et demeurent éternelles. Nourries par les pluies acides des orages qui s’abattent, elles s’enlacent pour sublimer la beauté du vice et fanent lentement, rongées par la chasteté de la détresse qui s’en dégage. Enlaidies par la négativité qui leur a donné la vie, les miasmes des tristesses latentes les enroberont dans un écrin de désenchantement.

Lorsque les fracas s’arrêtent enfin, le silence reprend ses droits. Un regard se porte sur l’immensité de cette mer apaisée. En contrebas, la plage révèle ses longues balafres : la houle a tout emporté. Des souvenirs il ne reste rien. Tout a sombré dans le tumultueux maelström de notre mélancolie. Demain encore nous irons fouler le sable humide de notre mémoire, demain encore nous sentirons les effluves douces-amères d’une mer qui emportera tout. Parce que tout doit mourir.

« Je ne crois pas à la valeur des existences séparées. Aucun de nous n’est complet en lui seul. » Virginia Woolf

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