Archives du jour : 19 juillet 2015


Un nouveau départ. 2

Sun

Je n’avais pas encore pris le temps de revenir sur les derniers mois qui se sont écoulés. Il faut croire que la vie s’amuse, car il est arrivé les mêmes péripéties à ma consœur Mlle Geekette.

 

J’ai quitté la Corrèze après cinq belles années. J’avais fini par l’apprécier, malgré les réticences des premiers temps. Il faut dire que j’y ai posé mes bagages un peu par hasard et un peu par contrainte ; j’ai fini par vivre différemment cette étreinte. Le syndrome de Stockholm appliqué aux mouvements migratoires. La Corrèze, tu l’aimes ou tu la quittes.

Le départ a eu cette saveur douce-amère propre aux sentiments contradictoires. Au matin, j’ai admiré une dernière fois le lever de soleil qui n’avait pas son pareil pour me motiver. Quelques jours auparavant, j’avais dénoncé mon contrat de travail dans la joie, ravi et motivé par l’opportunité de commencer une nouvelle expérience à l’étranger.

Qui aurait pu s’imaginer que le temps se serait si vite écoulé ? J’ai fait le bilan, calmement, en me remémorant chaque instant, ressassant les histoires d’avant comme si j’avais cinquante ans…

Je suis parti sans regarder dans mon rétroviseur. J’ai fait sept heures de route sans jamais ne m’être arrêté, pour ne pas regarder en arrière. J’ai encore cette impression de m’être seulement absenté, comme si j’allais rempiler demain, revoir mes anciens collègues, retrouver cette routine millimétrée qui était la mienne.
Mon pot de départ m’a paru tout aussi irréel. Mes collègues ont organisé une soirée absolument inoubliable, mais je ne parvenais pas à réaliser qu’il s’agissait de mon pot.
J’avais vraiment quitté mon emploi et dit au revoir à mes amis restés en terre présidentielle, mais il était difficile de m’en convaincre.

Lorsque ma voiture s’est arrêtée chez mes parents, j’ai eu l’impression de faire un bond de cinq ans en arrière. J’ai revu le Sébastien de 19 ans, bachelier sans expérience professionnelle, jeune geek un peu paumé arborant fièrement un t-shirt Linux. Dans ma chambre d’ado, rien n’a vraiment changé, sinon les cartons qui jonchent désormais le sol çà et là. L’évolution a parfois le visage de la régression.
Je ne m’inquiète pas. L’indépendance finira par reprendre ses droits.

Je n’ai pas de regrets, seulement de la nostalgie. Ce n’est jamais chose aisée que de dire au revoir à des amis, de mettre de côté cinq ans de sa vie, de prendre un nouveau départ. Ce nouveau départ a mis fin à un chapitre. Je vais m’empresser d’en écrire un second.

Je n’ai jamais voulu dire « adieu »… Probablement parce que je ne crois pas en lui.

« J’ai quitté toutes mes affaires et tous mes amis. […] Tout le monde me paraît si attaché à ses plaisirs, et à des plaisirs qui dépendent entièrement des autres, que je me trouve avoir un don des fées d’être de l’humeur dont je suis. » Mme de La Fayette