Archives du jour : 27 novembre 2014


Restreindre nos libertés pour notre sécurité ?

Pickpocket

Consternant. Voilà le mot qui me vient à l’esprit lorsque j’assiste à ces démonstrations d’impuissance de la part des représentants de la loi. J’en veux pour preuve la Hongrie qui met en scène le climat délétère et pestilentiel qui flotte aussi dans nos contrées. Face à l’impossibilité d’assurer la sécurité de chacun, la responsabilité des atteintes aux personnes et aux biens est rejetée sur les victimes elles-mêmes. C’est ainsi que la police hongroise sensibilise contre le viol. « Tu y es pour quelque chose, tu peux faire quelque chose pour éviter cela. » osent-ils dire.

Ces petites phrases, on les entend partout : « Y aurait pas de viols si les femmes n’étaient pas aussi aguicheuses », « Quelle idée de se trimbaler avec un téléphone à 700€ », « Il s’est fait cambrioler, y avait du liquide, faut pas laisser ça chez soi », « Il ne faut pas tenter les pickpockets ».
Toute femme devrait pouvoir porter la tenue qu’elle désire sans craindre d’être violée, toute personne devrait pouvoir profiter d’un objet dispendieux sans craindre d’être dépouillée, tout usager devrait pouvoir voyager sans craindre de se faire faire les poches. L’État se croit légitime pour diffuser des émissions de télévision, sensibiliser nos têtes blondes à l’exposition aux images choquantes, nous exhorter à pratiquer une activité physique, ne pas grignoter entre les repas, et manger cinq fruits et légumes par jour. Il nous déresponsabilise et oublie au passage l’une de ses fonctions régaliennes : notre sécurité.

Cette mission paraît si biaisée qu’elle s’exerce par l’utilisation de forces législatives liberticides, notamment concernant Internet, « zone de non-droit » (le terme plaît tant…) sur laquelle il fait planer l’ombre du terrorisme et de l’auto-radicalisation religieuse. Mais qu’en est-il de « la vie de tous les jours » ? On invite les femmes s’habiller d’une certaine manière (comme si l’homme était un animal incontrôlable succombant à toutes ses pulsions…), à ne pas exhiber d’objets de valeur… En extrapolant à outrance, on imagine un monde dans lequel les violences conjugales seraient le corollaire d’une exaspération légitime et pour lesquelles on conseillerait poétiquement : « Mesdames, restez courtoises pour ne pas passer à la toise ».
Nous enjoindre à restreindre nos libertés pour assurer notre sécurité, c’est donner raison aux scélérats.

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin