Comment le pr0n se méritait jadis. 1


Playboy

« Vas-y toi tu fais plus vieux ! » « Ouais mais nan, on avait dit que cette fois c’était toi. » « Et si i’ veut pas on fait quoi ? ». On se remémore, sourire en coin, les ruses — qui nous paraissaient finaudes — que nous élaborions dans les frimas vespéraux des jours de fin d’année, avant d’entrer dans nos bus respectifs pour rejoindre le domicile familial.
L’heure était grave et nos regards de jouvenceaux traduisaient l’anxiété qui nous rongeait. Courageux mais pas téméraires, le pauvre camarade qui avait alors la pilosité faciale la plus développée se retrouvait désigné par une décision collégiale quelque peu dénuée d’impartialité.
À l’instant où celui-ci passait la porte du marchand de journaux, le temps se détraquait pour ceux de l’arrière-poste : des secondes aux allures de minutes, des minutes aux allures d’heures. Parfois, il suspendait son cours, et le silence était tel qu’on put alors entendre un ciron marcher. Les yeux, quant à eux, étaient volubiles ; les regards s’échangeaient, les réactions se faisaient à brûle-pourpoint : « Il s’est fait gauler, on veut pas lui vendre », « Il gère, il va le ramener », « V’nez on s’barre, on va tous prendre ».
Et quand la porte s’ouvrait, le suspense était toujours à son comble. Le sésame floqué d’un célèbre lapin soigneusement enroulé et tenu d’une poigne de fer, transformait instantanément nos inquiétudes en rires bruyants. Il était là, à nous et à nous seuls, le précieux magazine : le symbole d’une jeunesse qui s’émancipe, le Graal d’une myriade d’hormones en furie. Une centaine de pages de femmes callipyges court-vêtues… pour ne pas dire dévêtues.

Dès lors, d’âpres pourparlers commençaient, dignes de la galerie des Glaces en 1919. Bien entendu, le « vainqueur » réclamait la garde exclusive du butin pour ce premier jour. Les plus habiles négociaient une photo pleine page, s’en suivait alors des jugements de valeur sur la qualité physique, critère déterminant s’il en est !
Lorsque tout le monde avait obtenu ce qu’il désirait (certains avec un peu plus de chance que d’autres), les chemins se séparaient, les sacs à dos chargés de ces précieux objets de convoitise.

L’ordinateur et la démocratisation de l’accès à Internet chamboula une première fois les règles. Toute une génération de parents outragés par la découverte stupéfiante d’un film explicite sur la reproduction humaine nous maudit encore, nous les habiles manipulateurs de noms de fichiers. Combien d’œuvres cinématographiques d’une célèbre Clara M. ont été renommées « Harry.Potter.À.L’école.des.sorciers.XvidbyTrucMuche.avi » à l’heure où eMule faisait le bonheur des foyers ! L’attente, interminable, et la crainte que les parents parfois un peu trop curieux ne cliquent sur « Prévisualiser ». C’est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…
Là encore, les CD s’échangeaient « sous le manteau », et nous vivions à notre façon une époque qui, à s’y méprendre, avait des airs de Prohibition. Les photos, les CD, tout devait être caché de la manière la plus efficace qui soit, et chacun avait son modus operandi : boîtes de jeux vidéo, dans des magazines « lambdas », etc.

J’ai donc un peu de peine pour la jeunesse actuelle, qui ne bravera jamais l’interdit tel que nous le bravions car il est aujourd’hui à portée de clic et il s’offre instantanément, sans nécessité de ruse… La magie du streaming ! La rareté d’hier est l’abondance d’aujourd’hui, mais cette abondance est insipide, pauvre, dénuée de cet aspect de « mérite » qui fait de nos bêtises passées des souvenirs riches en anecdotes.
L’onanisme pubère de nos éphèbes n’aura jamais cette aura de gloire qui rayonnait jadis ! « Parce que nous, nos films de cul, on les méritait ! »


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