Archives du jour : 23 avril 2014


Heureux sont les simples d’esprit… 2

Il est des matins où la triste réalité vous saute au visage. Les bruits de bottes des philistins pléthoriques et indisciplinés qui défilent dans l’allégresse, portée par une gloire aussi dérisoire qu’éphémère mais qui met en exergue une jeunesse béotienne qui se distrait de sa simplesse. Fadaises sur fadaises, le fatras de cette béatitude chimérique est incommensurable ; d’une émission sportive dominicale aux sujets vespéraux qu’ils développent, tout n’est que vacuité et ineptie. Cette jeunesse décadente se plaît à se fourvoyer où qu’elle aille, libre d’exprimer dans un galimatias qui lui est propre des avis aussi sibyllins qu’indigents, parfois avec une éclatante impudence. Joies des esprits étriqués.

Heureux sont ces simples d’esprit qui cueillent le jour présent sans se soucier du lendemain ! Qu’ils vivent dans l’opulence apportée par le dur labeur de leurs géniteurs ou dans l’indigence, ils sont dans le déni le plus total. Ils fuient la réalité pour des frivolités qui les perdront. Sacrifiés sur l’autel du loisir, du divertissement et de l’oisiveté permanente, ils sont non seulement les esclaves martyrs de cette société spectaculaire mais ils en sont aussi les séides ; dévoués à cette cause, à la marchandisation universelle, à leur statut « idiocratique » : ils ne veulent pas la culture mais les loisirs. (Hannah Arendt)


Facebook n’est pas en reste, rassurez-vous…

Ils n’ont rien à dire mais le disent tellement bien ! Leurs tribunes (livrées à la cacographie la plus exécrable) sont empreintes d’une sédition doucereuse, une volonté subversive teintée du conformisme ambiant dans lequel ils s’étouffent ; qu’il s’agisse de leur attrait pour le sport, de leur addiction au divertissement ou de leur rejet de l’éducation : ils incarnent la norme.

Leur soumission aux oukases sociétales impose le caractère intolérant qu’ils expriment : la marginalité n’a pas droit de cité et vaut moqueries et mise à l’écart ; ils sont les bras armés de l’homogénéité, serviteurs de l’anti-intellectualisme prôné et assumé. La surmédiatisation les attire et constitue une fin en soi, ce qui est assez pour justifier les innombrables excès qui font le bonheur de la presse. Cette catharsis leur permet de se « défouler » dans un sentiment d’impunité : à travers ces actes (qu’ils soient réprimés ou non) se révèle l’ampleur du malaise ; dans un monde où l’on promeut la médiocrité pour mieux mettre au ban de l’opinion ce qui est digne d’intérêt, où les mains plébéiennes ne sont serrées que pour servir les manœuvres électoralistes, où l’éducation est un cobaye en proie aux dérives de ses laborantins, on est en droit de se demander ce qu’il en adviendra.

L’Internet verse davantage dans le pandémonium que dans le lieu d’échange et de communication entre les hommes. Comment ne pas être révulsé ? La jeunesse a-t-elle oublié que « labor improbus omnia vincit » (Un travail opiniâtre vient à bout de tout) ou s’est-elle simplement laissé abattre par les sombres perspectives qui sont les nôtres ?
Il est si facile de se vautrer dans l’éternel divertissement et le prêt-à-penser (ou osons le mot : la non-pensée) qu’on en vient à oublier l’idéal de la vie : elle n’est pas l’espoir de devenir parfait mais la volonté d’être toujours meilleur. (Ralph Waldo Emerson)

La hauteur où se hissèrent les grands hommes
Ne fut pas atteinte par un vol soudain.
Non, pendant que dormaient leurs compagnons,
Ils crapahutaient la nuit vers le sommet.

— Henry Wadsworth Longfellow