Du temps qui passe et de ma conception de la vie. 2


Slice of Life

Il me semble que l’on atteint une période charnière lorsque l’on assiste, impuissant (à moins d’en être acteur), à l’évolution bouleversante de notre entourage. Ce moment décisif se traduit par un questionnement profond sur la conception de la vie et sur notre implication dans ce processus sibyllin mais ô combien indispensable à notre existence.

Mariages et naissances surviennent presque à l’improviste, des habitudes s’installent, d’autres cessent, l’ordre établi est sens dessus dessous. Quelques regards s’échangent : l’un est circonspect, l’autre, évasif. Dans un recoin de l’esprit, le brouhaha va crescendo : ça râle, ça grogne, ça vocifère, ça s’invective. Au milieu de cette sédition, la voix de la raison s’élève. Les cris s’estompent… Ne reste qu’un ronronnement. Les avis se confrontent aux opinions. Le cerveau est en ébullition. Think tank.

Je me suis longtemps demandé si je n’étais pas « en retard » en voyant les fougues filiatrices et reproductrices s’abattre pour le plus grand bonheur des intéressés. « Et moi ? » me dis-je, égaré, tourmenté par les doutes les plus fous sur cette clepsydre qui se vide. Le sable me glisse-t-il entre les doigts ? Suis-je en train de manquer une étape importante de ma vie ?
J’ai songé, l’espace d’un instant, à ce que le quidam appelle la vie normale.

Au grand dam des parangons de cette philosophie, il est pour l’heure inconcevable d’envisager ce modèle pour ma complexe personne. Un canapé usé par les frictions nombreuses et cadencées d’un postérieur indolent dans lequel je me jetterais pour me « vider la tête » devant des inepties télévisuelles, une descendance criarde qui nécessiterait une vigilance de tous les instants pour la garder dans le droit chemin, une moitié qui aurait à supporter mon côté parfois acariâtre (qui apparaît surtout dans ces tribunes, à vrai dire) et ma personnalité marginale ? Laissez-moi me gausser !

Ma liberté (et à fortiori, mon indépendance) est ce qui me tient le plus à cœur. Ma personnalité (de presque 24 ans) réunit en elle le meilleur de deux mondes : l’impétuosité de la jeunesse et l’ardeur rationaliste de la sénescence, chaque année apportant avec elle sa masse écrasante, l’oppression du temps qui fuit et qui me sépare davantage de ceux de ma génération pour me rapprocher de celle qui l’a précédée. (Ma naissance n’est pas intervenue à la bonne époque…) Ma personnalité n’est pas celle du géniteur menant une vie de patachon qui s’empresse de s’employer à besogner sa bien-aimée dès la nuit de noces pour qu’elle nous donne un bel héritier mâle ; elle est un grain de folie insatiable qui ne connait ni les règles ni les lois, un libre-penseur aux innombrables facettes qui vogue au gré de ses envies, un doux rêveur à l’imagination sans limite.
Sans doute blâmera-t-on l’indécence de cet hédonisme qui n’a pour seul moteur l’égoïsme qui est le mien, je mets cela sur le compte du « nécessaire ordre des choses ».

Peut-être suis-je en retard tout en ayant vieilli trop vite… Toujours est-il que j’accorde la priorité à la stabilité professionnelle. Puissent géniteurs et génitrices vivre heureux dans leur nouvelle vie de famille et libre à eux de nous inonder de photos d’enfants et de bons sentiments. Cela n’est pas pour moi. Pas maintenant. Le temps continuera à fuir.
Le bonheur ? Je le cueille par poignées partout où il se trouve, c’est une fleur qu’il faut savoir trouver.

Pour finir sur une dualité toute particulière qui me sied à ravir, je laisse la parole à Emil Cioran qui disait : « J’exècre cette vie que j’idolâtre. »


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2 commentaires sur “Du temps qui passe et de ma conception de la vie.

  • Tim

    Bon, ça rassure.

    Chacun son rythme et on grandit toute sa vie (du moins, j’aime à le croire). La liberté, c’est aussi ne pas chercher à être systématiquement là où les autres nous attendent, au moment où ils nous y attendent. Égoïsme, peut-être. Bon sens, certainement. Car il faut assumer.
    S’il est indispensable de savoir ce que l’on veut, il me paraît essentiel de cerner ce que l’on ne veut pas, parfois à contre-courant. Et ce parcours n’a rien d’évident.