Archives du jour : 18 mai 2013


Virgin, l’anthropophagie consumériste. 1

Virgin

Hier, alors que je vagabondais de gare en gare, j’ai sacrifié la batterie de mon smartphone pour lire cet excellent pamphlet de chez Rue89 (diffusé sur… Facebook. On ne trouve pas que des billevesées sur ce réseau social, finalement).

Cet article (que chacun trouvera révoltant…) ne prouve qu’une chose : notre société a réussi à avilir l’humain avec le simple besoin de consommer. L’humain a été paramétré, programmé pour consommer. À l’image d’un animal guidé par son seul instinct, il se rue, faisant abstraction de toute éthique, de toutes les règles édictées, comme si sa vie en dépendait. Non, il ne s’agit pas là du dernier approvisionnement en victuailles dans un monde ébranlé par la guerre, non : il s’agit d’une liquidation totale de stocks avant fermeture.

Dans ce monde, il n’y a pas d’ami. Alors on piétine, on pousse, on vocifère ; l’homme est ici redevenu un anthropoïde primitif, bombant le torse pour effrayer ses congénères et devenir le roi de la jungle. L’objectif : s’emparer d’iPad, de tout objet hi-tech de valeur pouvant être conservé ou mieux, revendu.
Sur le cadavre encore chaud de l’enseigne Virgin Megastore pousse les graines du capitalisme individuel.

Dans ce monde, nul ne se préoccupe du sort des employés : le besoin consumériste altère les capacités de raisonnement, à un point tel qu’il relève d’une démence incommensurable. On hurle, on pourchasse, on insulte, on rabaisse. Traînés dans la fange, impuissants, les vendeurs subissent la condescendance de cette horde primitive :


« Vous devriez être contents, on rachète vos indemnités. »

Obnubilés par leurs besoins, ils n’hésitent pas à écraser le faible alors qu’eux-mêmes, désagrégés, réduits à l’esclavage et en proie à toutes les dérives par leurs instincts consuméristes (l’instinct nouveau de l’espèce homo economicus) semblent prêts à sacrifier père et mère pour acquérir un iPad à prix réduit.
La vie humaine, elle, a perdu toute valeur. Elle ne s’achète ni se vend ; la traîner dans la fange ne pose donc aucun problème. Après tout, qui se soucie des p’tits niakoués exploités pour fabriquer les iPad ?
Alors on diffuse les photos du « butin » sur Instagram, on raconte sa guerre, on fabule un peu sur la lutte âpre qu’il a fallu mener pour s’emparer du sésame. Les propos tenus à l’encontre des vendeurs importent peu. Ils seront chômeurs, bien fait pour leur gueule.

Le consommateur n’a jamais aussi bien porté son nom. Les employés de Virgin se sont fait dévorer ce qu’il leur restait : leur dignité. Ces anthropophages consuméristes, non contents de profiter du malheur des autres, se sont dévorés entre eux et se sont jetés sur ces femmes et ces hommes déjà condamnés à grossir les rangs de Pôle Emploi.
Nombreux sont les barbares à s’être gaussés de leur futur statut de chômeur. L’anthropophage consumériste actif désabusé d’être bredouille, voyez-vous, hiérarchise par la conspuation ses relations sociales pour se distinguer, pour s’élever.

Je ne peux résumer cette horreur que par une phrase signée Jacques Delors : « La société de consommation a privilégié l’avoir au détriment de l’être. »