Archives du jour : 9 mai 2013


Ces conversations où je ne comprends rien.

Œuf

Il existe de malheureux concours de circonstances — étranges alchimies dont les arcanes resteront impénétrables — qui vous mettent à l’épreuve de conversations où vos connaissances (et éventuellement l’intérêt que vous portez au sujet) sont nulles ; un enchevêtrement d’événements qui pousse le ridicule de la situation à son paroxysme : vous voilà dans l’impossibilité de vous défausser, d’avouer votre méconnaissance (et/ou l’absence absolue d’intérêt) du sujet ou même (point culminant de l’attitude du poltron) de filer à l’anglaise.

Souvent la vie s’amuse. Je ne compte plus les situations dans lesquelles mon malaise est total tant le sujet lancé est à mille lieues de mes centres d’intérêts (qui sont ceux d’un vieux con, ne l’oubliez pas) ; des conversations où mon rôle se réduit à celui d’un spectateur amorphe au visage livide et aux yeux vitreux condamné à l’errance spirituelle jusqu’à ce que cesse l’horreur.

Il est — à mon grand regret — souvent question de football. Il suffit d’un simple élément déclencheur (ou plutôt devrais-je dire « perturbateur ») pour que je me retrouve au milieu de tirs croisés, assertions partagées ou âprement débattues, un conflit auquel j’assiste dans une totale impuissance.
Cette mise à l’écart est renforcée par la volonté qu’est celle des interlocuteurs de me faire participer à leur conversation. Les regards se croisaient, on m’observait, on attendait que j’acquiesçasse ou que j’infirmasse leurs dires pour alimenter leurs débats qui n’étaient pour moi qu’un galimatias des plus abscons mais je restais muet, d’une pusillanimité affolante, contraint d’écouter leurs échanges avec la plus grande des gênes suite à mon billet qui pourfend la presse qu’ils chérissent tant et ce jusqu’à la phrase salvatrice : « T’es pas très foot toi, hein ? »

La télé-réalité n’est pas en reste. Portée par les thuriféraires du genre, elle aussi me pousse à l’écart et m’offre un aperçu de l’effervescence que provoque l’exhibitionnisme nauséabond d’une frange de la population ; je parle ici de « L’amour est dans le pré », programme qui n’a pour seul but que de distraire la plèbe en ridiculisant l’ouvrier agricole, philistin s’il en est, conforme aux stéréotypes qu’on lui attribue. On en revient à un poncif éculé : « Panem et circenses ».

« Vous voyez qu´ils demandent, nous les savons avides de notre pourriture, mieux que de la confiture à des cochons. »

Je ne peux qu’être soulagé lorsqu’enfin je peux prendre part à une conversation, débattre d’un sujet sur lequel je suis à l’aise, qu’il s’agisse de littérature, de musique, de politique ou d’économie !

Liseuse électronique et conservation du patrimoine littéraire.
Période romantique : Chopin, Schubert, Liszt, Mendelssohn…
Querelles dynastiques françaises : légitimistes et orléanistes.
Libéraux et interventionnistes.

Je ne peux que jubiler lorsque les intervenants citent les grandes œuvres littéraires d’anticipation pour souligner l’atmosphère anti-intellectualiste dans laquelle nous vivons.

Oui, mon désamour est fort prononcé sur ces sujets dont je suis incapable de parler ; visions empreintes d’un manichéisme et d’une vacuité qui ne parviennent qu’à me convaincre qu’elles s’adressent à des esprits sots, prêts à glorifier (et à moquer) la moindre attitude qui leur paraîtra non conventionnelle, révélant une forme d’audace incongrue. Peu me chaut donc de paraître marginal voire même idiot pour certaines personnes quelque peu obtuse d’esprit, car comme le disait Georges Courteline : « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet. »