Archives du jour : 31 mars 2013


Le lapin de Pâques ne passera plus. 2

Pâques

Pâques. J’avais oublié de ce dont il s’agissait. Je me remémore ma candeur enfantine, toutes ces années où je gambadais avec allégresse dans la verte à la recherche d’oeufs en chocolat laissés par un lapin après avoir passé une matinée à peindre des coquilles en compagnie de mes camarades d’écoles. Premières tribunes pour l’imaginaire d’un gamin qui prendra finalement plus de plaisir à écrire qu’à peindre.

Quelle ne fut pas ma surprise de m’entendre dire ces derniers jours à la sortie des magasins : « Joyeuses Pâques ! ». Je me vis dès lors comme un Septimus Warren Smith, un marginal déconnecté du monde réel dont l’esprit dément a fait voler en éclat les rites et codes sociétaux. J’étais seul dans mon monde sans frontières en proie à mes seules visions, à ma seule conception de l’univers.
J’avais oublié ce qu’étaient les fêtes de Pâques.

Au-delà des prières et chants liturgiques qui étaient l’apanage de mère-grand, grenouille de bénitier devant l’Éternel, il ne me reste que ma vision d’enfant, qui se limite au péché de gourmandise. Curieuse façon de fêter la résurrection du Christ en poussant nos progénitures au vice, vous en conviendrez. Mais la certitude du péché ou de l’erreur inclus dans un acte quelconque n’est-elle pas l’unique force invincible qui nous pousse, et elle seule nous pousse à son accomplissement ?

Profusion, profusion de chocolat ! Bassesses, visions mercantiles de l’évènement religieux. Le lapin, symbole de la fécondité et du renouveau est devenu le suppôt du saint-profit et exploite sans vergogne les jeunes têtes ingénues dans l’unique but de faire de l’argent.
C’est, hélas, tout ce qu’il me reste des souvenirs de mes fêtes pascales : gourmandise, abondance, satiété saccharosée, bouche souillée par l’or noir du chérubin. Mais les années se sont succédé, emportant avec elles le sourire innocent d’un enfant alangui par des douceurs coupables.

Aujourd’hui, le lapin de Pâques ne passera plus. Mais si le lapin de Pâques est mort, mon penchant pour la gourmandise, lui, est bien vivant. Comme le disait jadis Guy de Maupassant : « De toutes les passions, la seule vraiment respectable me paraît être la gourmandise. »

Donuts
« La gourmandise commence quand on n’a plus faim. » Alphonse Daudet