Lettre ouverte à M. Michel Louis, directeur du Zoo d’Amnéville. 3


Cher Monsieur,

Je me permets de vous écrire cette lettre ouverte car j’ai pris connaissance, non sans une certaine indignation, de la missive que vous avez fait parvenir à Monsieur Dominique Dord, député-maire d’Aix-les-Bains.

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Votre épître, qui eût gagné à être relue (soit dit en passant), contient de nombreux propos fallacieux sur lesquels j’aimerais revenir. Loin de moi l’idée de me montrer irrévérencieux à l’égard de votre personne, il apparaît néanmoins que vous semblez bien mal connaître les individus sur lesquels vous jetez l’opprobre ou pire encore, que vous faites preuve d’une mauvaise foi éhontée.

Vous qualifiez — et nous apprécions votre sens de la retenue par le choix judicieux des mots que vous employez — les associations défendant la cause animale de « groupuscules extrémistes ». En outre, comme si ce qualificatif ne suffisait pas à vous discréditer, vous les avez désignées comme étant des « sectes ». J’admets volontiers qu’avoir une vision emmétrope sur une philosophie qui rompt avec les oukases sociétales peut relever de la gageure pour un homme comme vous car le regard que vous portez sur elle est non seulement biaisé par l’influence de votre construction sociale mais surtout par votre profession : nonobstant l’impossibilité pour vous d’être objectif sur ce sujet, votre discours aurait pu être un peu mieux reçu si vous aviez évité l’écueil de la surenchère sémantique.

Vous avez, cher Monsieur, écrit le terme « utiliser » en capitales. Oui, Monsieur, le cirque Gruss et vous-même utilisez des animaux dans le cadre de vos professions respectives. Vous ne devriez pas vous en offusquer mais l’admettre, car c’est la réalité. Après tout, vous êtes bien prompt à jeter vos contempteurs en pâture à la vindicte populaire, ayez au moins l’honnêteté de reconnaître que vous utilisez des animaux, puisque vous jurez la main sur le cœur que ni les zoos ni les cirques ne leur portent préjudice.

Non content d’avoir déversé votre verve incoercible, vous prouvez votre méconnaissance de l’antispécisme (vous assurerez plus loin avoir parcouru la littéraire s’y référant, j’y viendrai). Vous avancez que pour lesdites associations : « l’homme est l’égal du moineau… »
Non, Monsieur Louis, les antispécistes n’arguent pas que l’homme est égal au chien, au chat, ou au moineau : ils avancent qu’ils doivent être traités de manière égale. Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de manière égale et tenter de les rendre égaux… Il en va de même pour les espèces animales.

Monsieur Louis, Friedrich Nietzsche disait dans Humain, trop humain : « Comme le temps manque pour penser et garder le calme dans la pensée, on n’étudie plus les opinions divergentes, on se contente de les haïr. »
Vous avez dit à Monsieur Dord avoir « fait l’effort de parcourir leur littérature ». C’est tout à votre honneur. Mais qu’avez-vous lu, Monsieur Louis, pour ainsi parler de « collusion entre des groupes animalistes et certains partis d’extrême droite » et « d’idéologies de triste mémoire » ? Je vous pose la question, Monsieur Louis, car à aucun moment vous n’apportez d’éléments tangibles pour donner du crédit à vos propos.
J’en viens à penser que Monsieur Jeremy Bentham, l’un des plus célèbres théoriciens du droit animal (je vous renvoie à Introduction aux principes de morale de législation) était un odieux penseur d’extrême droite.

Le jour viendra peut-être où le reste de la création animale acquerra ces droits qui n’auraient jamais pu être refusés à ses membres autrement que par la main de la tyrannie. Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n’est en rien une raison pour qu’un être humain soit abandonné sans recours au caprice d’un bourreau. On reconnaîtra peut-être un jour que le nombre de pattes, la pilosité de la peau, ou la façon dont se termine le sacrum sont des raisons également insuffisantes pour abandonner un être sensible à ce même sort.

Ensuite, vous peignez un tableau idyllique de l’utilisation des animaux : un monde merveilleux où l’animal serait heureux et épanoui (une sorte de coercition bienveillante…). En douceur, sans contrainte…

Aussi, Monsieur Louis, vous justifiez l’exploitation animale par le poids de l’opinion, argument caduque s’il est en : notre histoire est jalonnée de faits qui avaient jadis l’appui d’une opinion majoritaire.
Dans votre douce homélie, vous oubliez sciemment d’aborder l’argument premier des défenseurs de la cause animale : le droit de vivre et vivre libre, sans être parqué dans des prisons à ciel ouvert ou condamné à faire des pitreries, qu’importe les « études scientifiques » dont vous vous faites le laudateur ou l’assurance d’une exploitation raisonnée. Les animaux, que vous l’acceptiez ou non, ne doivent pas être considérés comme des jouets. « Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c’était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même. »

Enfin, cher Monsieur, ces associations de défense de la cause animale que vous vous évertuez à dénoncer ne demandent en aucun cas de subventionner de « pseudo-cirques », comme elles n’ont cure de vos chiffres élogieux et de vos inquiétudes quant à la disparition des cirques avec animaux. Leur seul objectif est de voir un jour l’animal jouir du droit de vivre libre. Si en cela elles sont anti-humanistes alors j’en suis un fier panégyriste.

Recevez, Monsieur Louis, mes salutations et l’expression de mon désaveu le plus absolu.

« On n’est jamais excusable d’être méchant, mais il y a quelque mérite à savoir qu’on l’est ; et le plus irréparable des vices est de faire le mal par bêtise. » Charles Baudelaire


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